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dimanche 24 avril 2022

The Card Counter : Schrader met la rédemption sur le tapis

The Card Counter Blu-ray CINEBLOGYWOOD


En Blu-ray et DVD : Paul Schrader poursuit son exploration de la chute et de la rédemption. Porté par un casting royal (flush) - Oscar Isaac, Tiffany Haddish, Tye Sheridan et Willem Dafoe - The Card Counter emprunte un chemin de traverse en exerçant une fascination magnétique sur le spectateur. A (re)découvrir d'urgence pour sa sortie en vidéo chez Universal Pictures France.

Le choc est tel que je n'ai pas envie d'en dire trop. Disons que William Tell est un as du poker et du blackjack grâce à une technique qu'il a peaufinée lors d'un séjour en prison : il compte les cartes. Pour ne pas se faire repérer, il choisit délibérément de gagner des petites sommes dans les casinos qu'il écume à travers les Etats-Unis. Jusqu'au jour où il fait une double rencontre : LaLinda, qui lui propose de rejoindre son écurie de joueurs, et Cirk, qu'il décide de prendre sous son aile.

Tell est un être froid, enfin de prime abord. Une sorte de samouraï des tapis verts (la référence au film de Jean-Pierre Melville est flagrante) dont la vie est entièrement tournée vers son "art". Il a mis en place une routine qui vire à l'obsession. Il connaît ses objectifs et ne dévie jamais de la route qu'il a tracée avec la même logique qu'il applique lorsqu'il fait une partie. Oscar Isaac l'interprète avec une économie d'expressions et de gestes tout en parvenant à en faire deviner le bouillonnement intérieur. Bouillonnement qui va progressivement déborder. En nous permettant d'imaginer la fêlure, qui affleure parfois dans son regard, le comédien nous rend attachant un être a priori détaché de tout, comme imperméable aux émotions. Géniale composition. Tiffany Haddish est tout aussi formidable : sous l'apparence de la femme fatale sûre d'elle, elle révèle le trouble qui l'anime et la rend touchante. Fragilité encore chez le personnage joué par Tye Sheridan, dont le regard triste touche au coeur. Enfin, Willem Dafoe excelle, comme à son habitude, à incarner un âme maléfique dans un corps ordinaire.

Le film part sur les traces de La Couleur de l'argent (1986) de Martin Scorsese, qui est d'ailleurs producteur exécutif : on s'attend à ce que Tell transmette son savoir à un jeune paumé qu'il va transformer en génie du poker. Mais Schrader rebat les cartes et nous plonge dans un récit glaçant jusqu'à un final éprouvant qui fait davantage appel à notre imagination qu'à notre regard. Nous voici amenés à nous poser des questions sur notre capacité à faire le mal et notre faculté à nous amender. Comment se débarrasser de notre culpabilité ? Comment ne pas être rongé par la rage ?

Un grand film qui continue de nous hanter bien après le générique de fin.

Anderton


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