Belmondo : films, anecdotes...

mardi 8 avril 2008

4 mois, 3 semaines, 2 jours : ne passons pas à côté des choses simples

En DVD : Un film roumain ? Palme d'or à Cannes ? Un avortement à la fin des années 80 ? Sous Ceausescu ? N'en jetez plus : Cinéblogywood ne pouvait passer à côté de la sortie DVD (chez BAC Films) de ce début avril : 4 mois, 3 semaines, 2 jours.
Tout a pourtant été dit, ou presque, sur ce film dans lequel l'intensité des situations vient contrebalancer la trivialité du scénario. La réussite du film ne tient pas à grand chose : une mise en scène entièrement au service de l'histoire, une actrice qui ne se regarde pas jouer, un équilibre subtil entre dialogues et non-dits. Peu importe d'ailleurs le thème de l'histoire ou son contexte daté, l'essentiel est dans la justesse et la richesse des sentiments retranscrits.
Terreau universel
La sobriété de la réalisation de Cristian Mungiu confère au génie : il s'agit "simplement" de donner le meilleur cadre au développement du récit. Pas d'artifice, pas la miette d'effet de mise en scène superfétatoire, aucune affectation de cinéaste branché ou trop payé. Le rythme de cette succession de tableaux peut paraître parfois un peu longuet mais il y a plus d'action dans les regards d'Anamaria Marinca et de Laura Vasiliu que dans n'importe quel ratage de Michael Bay.
Certes l'émotion n'est pas aussi accessible que face à un Bruce Willis qui va péter la gueule à un astéroïde mais elle est d'autant plus forte, et a d'autant plus de retentissement, qu'elle prend le temps de s'enraciner dans un terreau universel de valeurs comme l'amitié, la responsabilité de ses actes, le libre-arbitre. Cristian Mungiu nous donne ainsi accès à un niveau de visionnage ou tout est évident sans être véritablement exprimé.
Magma d'émotion
Je m'étais promis de ne pas utiliser le terme authenticité... Il va bien falloir pourtant, car quoi de plus authentique que ce magma d'émotion fait d'amour, d'admiration, de lâcheté et de sincérité ? Les faces obscures du sentiment n'ont jamais été aussi bien éclairées.
Quant au premier niveau de visionnage (2 copines organisent l'avortement de l'une d'entre elles sous un régime qui l'interdit), celui qui a suscité la controverse lors de l'attribution du prix de l'éducation nationale, il provoque la tension nécessaire à la mise en place de l'intrigue mais son importance s'estompe devant la force des personnalités d'Otilia et Gabita. Peut-être est-ce là ce qui a dérangé le Vatican ou le ministre de l'Education nationale, Xavier Darcos (qui refusait de financer la diffusion du DVD au sein de collèges et lycées) : que la relation entre deux amies prévale sur la problématique morale liée à l'IVG ? A mon avis ce n'est pas l'essentiel dans ce film...
Mon conseil : Il est étrange de se sentir embarquer dans un film malgré ses a priori, c'est pourtant ce qui se passé... Laissez-vous tenter, vous ne le regretterez pas. En bonus : une interview du réalisateur dans notre playlist WAT.
Sentenza (Voilà)

Aucun commentaire: