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mardi 7 novembre 2017

A Beautiful Day : un des films les plus envoûtants de l’année

En salles : 4 films en 18 ans, tous passés par la case Cannes... Lynne Ramsay est une cinéaste rare, exigeante et talentueuse. Avec son dernier opus, A Beautiful Day (You Were Never Really Here, en V.O.), elle s’inscrit dans la lignée du cinéma de genre, notamment le polar américain des années 70, tout en restant fidèle à son style, immersif, introspectif et sensoriel. Décryptage d’un des films les plus envoûtants de l’année, justement récompensé par un prix d’interprétation masculine pour son acteur principal Joaquin Phoenix, et du prix du scénario lors du Festival de Cannes 2017.



Le pitch
 
Joe, vétéran de l’armée US, tueur à gages souffrant de maux post-traumatiques, provoqués par le conflit irakien et des atrocités subies dans sa petite enfance, est chargé de récupérer la fille d’un sénateur aux prises d’un réseau de prostitution. Début d’une odyssée qui s’apparente aussi bien à une descente aux enfers qu’à une quête rédemptrice.

Dans le sillon des polars déceptifs des années 70
 
En adaptant une nouvelle de Jonathan Ames, Tu n’as jamais vraiment été là, la cinéaste s’inscrit dans le sillon des polars déceptifs des années 70, du Privé de Robert Altman à Taxi Driver, de Martin Scorsese, en passant par La Cité des dangers, de Robert Aldrich, ou La Blessure, d’Ivan Passer. Des polars désabusés, qui auscultent le côté obscur des Etats-Unis, au-delà de ses aspects clinquants et solaires. Au travers de personnages laissés pour comptes, desperados du quotidien, en quête de rédemption et de purification.



Sensoriel et immersif

A Beautiful Day s’attache à fouiller le tréfonds de son personnage principal. Non à travers de longs discours explicatifs, mais à travers de purs moments de cinéma sensoriels et immersifs. Flashs visuels, réminiscences fugaces, émaillent le récit, comme autant de symptômes des traumas du héros. Purs moments de cinéma absolument éblouissants et cathartiques. On n’est pas près d’oublier une scène d’arrachage de dents, ses souvenirs d’enfance traumatiques, ou bien les scènes de suffocation sous sacs plastiques absolument glaçantes et hypnotiques. Mention au montage virtuose de Joe Bini et à la musique de Jonny Greenwood, de Radiohead, qui contribuent à la réussite sensorielle de l’ensemble.

Phoenix à son zénith

Avec Joaquin Phoenix, Lynne Ramsay ne pouvait tomber sur mieux. A la fois ours mal léché et ogre à la merci de ses pulsions suicidaires et dépressives, il est absolument bouleversant dans le rôle de ce solitaire en quête de rédemption, complexe et tourmenté. Barbu, cheveux longs, armé d’un marteau dont il fait de multiples usages, il compose une silhouette appelée à entrer dans les archétypes du cinéma américain, au même titre que son modèle avéré, Travis Bickle dans Taxi Driver. A ses côtés, la non moins remarquable et magnétique Ekaterina Samsonov, dans le rôle inconfortable de l’adolescente confrontée à la pédophilie des adultes, objet de la quête salvatrice de Joaquin Phoenix.

Arty, mais pas trop
 
Certes, à trop vouloir faire preuve de virtuosité, Lynne Ramsay frôle par moments le pur objet arty ou esthétique. Au point de négliger l’aspect émotionnel de son film, notamment dans les relations qui se nouent entre le Marine et la jeune fille. Comme on l’avait déjà vu dans We need to talk about Kevin, Lynne Ramsay ne s’embarrasse d’aucune retenue pour visualiser les accès de violence – même s’il lui arrive de procéder par ellipse, sûrement pour contre-balancer les pulsions auto-destructrices dont est l’objet le héros. A Beautiful Day est à Taxi Driver, La Blessure, Le Privé, La Cité des Dangers ce que Drive était au Solitaire et à Driver : un update respectueux et sensoriel, totalement en phase avec l’univers de leur réalisateur respectif.
 
Travis Bickle

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