samedi 14 février 2026

BD - Barrio Negro : Simenon fait une implacable escale au Panama

Barrio Negro BD Simenon CINEBLOGYWOOD

Au risque de plomber cette Saint Valentin, à la lecture de l'album de bande dessinée Barrio Negro (Dargaud), résonnent les paroles de la chanson des Rita Mitsouko : "Les histoires d'amour finissent mal, en général". Et en particulier au Panama, où un couple de jeunes Français se retrouve coincé dans l'entre-deux guerres. José-Louis Bocquet et Javi Rey signent une adaptation réussie d'un des romans durs de Georges Simenon.


Tout commence par un mariage. Joseph Dupuche, ingénieur, épouse Germaine, la fille d'un receveur des postes. Fuyant la grisaille du nord et l'absence de travail, le couple embarque bientôt pour l'Equateur où Dupuche a été nommé directeur d'une société minière. Lors d'une escale à Panama, il apprend que la compagnie a fait faillite. Plus d'emploi, plus d'argent. Joseph et Germaine débarquent. Un hôtelier français engage l'épouse mais, pour des questions de convenance, le mari doit chercher un logement ailleurs. Un compatriote lui trouve une chambre dans le Barrio negro, le quartier où vit la population noire de la ville. Julien voit son rêve s'envoler et son couple se fissurer. Il s'enferme dans la déprime, se met à boire, accepte n'importe quel job, entretient une relation avec la jeune Véronique, fille d'un ouvrier martiniquais venu creuser le canal. Solaire et sans complexe, prostituée. Une relation qui suscite l'indignation de la communauté expatriée.

Barrio Negro BD Simenon CINEBLOGYWOOD

Après avoir pointé la mesquinerie de la petite bourgeoisie de Province, Simenon démonte la bassesse, l'entre-soi et le racisme des expatriés français sous les Tropiques. La solidarité n'est guidée que par la volonté de garder un rang au sein d'une société profondément inégalitaire. Sans chercher à délivrer un message politique appuyé, ni complètement échapper à une vision eurocentriste véhiculant des préjugés, l'écrivain belge brosse un tableau cru du colonialisme. Personne n'échappe à son regard sans concession : les Blancs convaincus de leur supériorité et versés dans les magouilles, les touristes qui viennent claquer leurs dollars en profitant de la pauvreté ambiante, Germaine la petite-bourgeoise engoncée dans ses principes, Véronique aussi douce que vénale, Joseph faible, indécis, fuyant...  

Adaptation réussie. La troisième pour José-Louis Bocquet, après Le Passager du Polarlys et La Maison du canal au sein de cette collection de cinq titres chez Dargaud Le scénariste laisse entendre la voix de Simenon tout en déroulant un récit conçu pour le 9e art. Le dessin de Javi Rey, détaillé, élégant et limpide (en parfaite opposition à la sombre histoire), et les magnifiques couleurs qui l'habillent contribuent au succès de l'album (découvrez les premières pages). Implacable Simenon. 

Anderton

 

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