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lundi 15 janvier 2018

3 Billboards Les Panneaux de la vengeance : 4 raisons de tomber dans le panneau !

En salles ( le 17 janvier) : Sans conteste le premier film de 2018 dont on soit sûr qu’il se retrouvera dans nos favoris de l’année ! Venu de nulle part, bien que lauréat du meilleur scénario lors de la dernière Mostra de Venise, 3 Billboards Les Panneaux de la vengeance est un condensé du meilleur du cinéma américain : une écriture ciselée, des personnages complexes, paradoxaux et attachants, une réalisation attentive aux moindres soubresauts, des situations surprenantes et inattendues, une plongée amoureuse au cœur de l’Americana, servie par un casting exceptionnel de justesse. Et surtout un film qui s’inscrit dans le sillon des frères Coen pour mieux s’en démarquer. Comment ce petit miracle est-il arrivé ? Tentative d’explication en 4 raisons.


Son auteur-réalisateur, Martin McDonagh

Dramaturge très réputé au Royaume-Uni pour ses mises en scène de David Mamet ou Harold Pinter, l’Irlandais Martin McDonagh s’est fait connaître il y a dix ans avec un petit polar sec et finement écrit, bourré de spleen et d’éclats de violence, Bons baisers de Bruges, avec Colin Farrell, Brendan Gleeson et Jérémie Rénier. Fort de sa réputation, il poursuit avec Seven psychopaths, moins maîtrisé, mais doté des qualités qui font le sel de son nouvel opus : des dialogues imparables, des situations constamment surprenantes, des acteurs qui jubilent (Harvey Keitel, Christopher Walken, Sam Rockwell). On était loin de penser qu’il parviendrait à un tel niveau avec son 3e long-métrage !
 
Sous influence des frères Coen
 
Sur un canevas finalement classique qui pourrait se résumer à un Revenge movie au féminin, - Mildred Hayes, une femme d'âge mûr, dénuée de résultats dans l’enquête concernant le viol et le meurtre de sa fille 9 mois plus tôt, décide d’interpeller le public et la police locale en affichant des messages sur trois immenses panneaux situés à l'entrée de la bourgade à l'attention du shérif. Prétexte pour le dramaturge de brosser le portrait d’une bourgade redneck, située aux confins de la Floride, la Georgie et l’Alabama, et de ses habitants, notamment l’héroïne Mildred, le shérif, l’un de ses bras droits, un publiciste, etc.
On pense immédiatement aux frères Coen : galerie de personnages hauts en couleur, ton décalé, présence de la compagne d’un des Coen Bros, Joel, au casting en la personne de Frances McDormand, et musique de leur compositeur attitré, Carter Burwell. Oubliez tout ça ! Car Martin McDonagh parvient à complètement faire oublier ses illustres inspirateurs.
 


L’art des ruptures de ton

Certes, il y est question de deuil, de solitude et de culpabilité – le terreau de cette Americana qu’ont si bien dépeint en littérature Jim Harrison, Don Winslow ou Cormac McCarthy. Certes, la tension émotionnelle est là, bien présente. Mais elle ne submerge jamais l’ensemble et laisse place à une forme d’humour noir, de satire et de ruptures de ton, totalement inhabituels dans le cinéma américain. Dans le cinéma tout court. Ce qui donne lieu à quelques-unes des plus belles scènes du cinéma américain : un flash-back gorgé de culpabilité, une bouleversante lettre testamentaire lue en voix off, l’inoubliable rédemption d’un policier raciste.

Un casting exceptionnel
 
Du plus grand au moindre rôle, le casting est génial. Pour s’en convaincre, il suffit juste de voir comment Frances McDormand se réinvente en mère courage vengeresse badass et parvient à faire oublier son rôle de policière enceinte de Fargo ! Pour un second Oscar à la clé ? C’est fort probable. Il serait injuste de ne pas citer ses comparses directs, Woody Harrelson, notamment, dans le rôle du shérif, qu’on imagine pleutre, avant de se révéler d’une bouleversante humanité ; ou bien la star du cinéma américain indépendant des années 1990 Sam Rockwell (Box of moonlight, In the soup), métamorphosé ici en flic raciste, mais fils attentionné et professionnel accompli. Sans oublier les seconds rôles – Peter Dinklage ou John Hawkes.

Alors, un conseil : oubliez ce titre français absurde et cette horrible affiche française, foncez au cœur de cette nouvelle plongée dans l’Americana ! Et là où vous penserez voir une comédie noire, soyez sûrs d’une chose : vous verrez en lieu et place l’un des films les plus forts, subtils et émouvants de l’histoire du cinéma contemporain, une nouvelle borne dans le cinéma américain. 
 
Travis Bickle

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