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vendredi 10 mai 2019

Patrick Melrose : Benedict Cumberbatch au sommet

En Blu-ray (en exclusivité à la Fnac) et DVD : Diffusée sur Showtime aux Etats-Unis et Canal+ en France, la minisérie Patrick Melrose est désormais disponible en vidéo et il ne faut pas passer à côté de cette merveille, dans laquelle Benedict Cumberbatch livre une de ses meilleures interprétations.



Je ne connaissais pas les romans semi-autobiographiques d'Edward St Aubyn, dont cette minisérie en cinq épisodes est l'adaptation. La jaquette du Blu-ray, présentant Cumberbatch en costume dans une baignoire, me laissait penser qu'il s'agissait d'une série enlevée, à l'humour britannique, sur un type excentrique, que j'imaginais riche et playboy. Il y a un peu de tout ça mais j'étais loin du compte. 

Détresse oblige

Au tout début du premier épisode, Patrick Melrose apprend par téléphone que son père vient de mourir à New York. Il semble abasourdi. On découvre bien vite qu'il est en fait sous l'effet de la drogue et que la disparition de son géniteur ne suscite en lui aucune tristesse. Juste du stress. Qu'il va évacuer en prenant de l'alcool et de la drogue. De toutes sortes. Beaucoup et souvent. Ce qui, loin de l'apaiser, le rend encore plus stressé et parano. On s'amuse parfois de voir Patrick tenter de cacher sa "descente" en rampant sur la moquette d'un hôtel ou en parlant seul à voix haute face à un serveur de restaurant interloqué mais on est surtout choqué de le voir chercher son fix dans des quartiers lugubres et de piquouzer avec des seringues amochées ses avant-bras parcourus de cratères écoeurants. Sous son costume cintré et ses lunettes de soleil, Patrick Melrose est un junkie.

Des flashbacks nous font comprendre que son père était tyrannique et sa mère, peu concernée. Le deuxième épisode nous transporte dans un superbe mas provençal. La famille Melrose venait y passer ses étés et étouffer un lourd secret qui a détruit le jeune Patrick. Alors on comprend ce qui l'amène, une fois adulte, à s'autodétruire de la sorte.


Adaptée par David Nicholls, la minisérie lève progressivement une partie du voile sur le passé de Patrick. L'incompréhension et la rage qui l'animent deviennent les nôtres. On suffoque avec lui face à tant d'abjection et d'injustice. Le récit construit par Nicholls est une merveille de mécanique et il est servi par des dialogues de haute volée. Le réalisateur allemand Edward Berger le met en scène avec beaucoup d'originalité. Ses cadres un peu décalés participent à la mise en place d'une ambiance lourde, angoissante, schizophrénique et en même temps un peu barrée et très classe (la photo est d'ailleurs superbe, tout comme la bande-son). Le terme est choisi à dessein puisque ce traumatisme familial et ses conséquences se déroulent au sein de l'élite britannique. Une élite arc-boutée sur ses privilèges, arrogante, aveuglée. Nicholls en brosse un tableau au vitriol, de même qu'il nous force à affronter les horreurs qui se jouent parfois au sein de la sphère familiale.

Immense Cumberbatch

Pour interpréter Patrick Melrose, Benedict Cumberbatch se donne corps et âme. Dans l'hystérie comme dans l'ironie amère, dans les pleurs et la rage, il nous fait partager le drame d'un homme traumatisé dans son enfance. Il nous bouleverse du premier au dernier plan, sans que jamais il ne se livre à une performance d'acteur. Il a trouvé la vérité de son personnage et nous la délivre, avec finesse et précision. J'ai rarement vu Cumberbatch dans un rôle aussi complet, dans lequel la psychologie intervient autant que le physique. Il est exceptionnel.




Hugo Weaving incarne pour sa part David Melrose. Le paternel autoritaire et abusif (pour rester pudique et ne rien spoiler). Avec son regard inquiétant et sa voix basse, lourde de menace, il campe un homme manipulateur et méchant. Pour autant, au détour de quelques plans, en un regard, il parvient à laisser entrevoir une fêlure, une détresse certes bien vite étouffée mais qui n'en rend son personnage que plus riche. Même approche chez Jennifer Jason Leigh dans le rôle de la mère, à la fois aimante et distante, dont toute la complexité va se dévoiler au fur et à mesure des épisodes. Le reste du casting est impeccable : Pip Torrens (Versailles, Preacher) est formidable en aristo méprisant ; il côtoie Jessica Raine (Call the Midwife) et le jeune Sebastian Maltz, impressionnant dans le rôle de Patrick jeune. Hippolyte Girardot et Irène Jacob apparaissent le temps d'un épisode.

Pas de supplément dans cette édition de Koba Films mais l'essentiel réside dans l'oeuvre. Patrick Melrose est une minisérie éprouvante mais jamais plombante, qui accroche le spectateur du début à la fin. Indispensable. Et, je me répète mais quand même, Benedict Cumberbatch, quel acteur !

Anderton 

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