Oubliez le making of formaté avec des interviews qui débordent de bienveillance forcée. Guillaume Bouzard a bien été invité sur le tournage de la série Lucky Luke, qui sera disponible à partir du 23 mars sur Disney+. Mais plutôt que de décrire avec application les journées-types de cette production française réalisée en Espagne, le scénariste et dessinateur a décidé de lâcher la bride à son imagination plus galopante que Jolly Jumper. Publié chez Dargaud, son album prévient dès la couverture : L'Homme qui a vu l'homme qui filme l'homme qui tire plus vite que son ombre (c'est le titre) est le "presque journal d'un tournage".
Entre Bouzard et le personnage inventé par Morris et étoffé par Goscinny, c'est une histoire d'humour. Le premier a poursuivi l'oeuvre des seconds en signant en 2017 l'album-hommage Jolly Jumper ne répond plus. Belle idée du producteur Julien Vallespi de lui confier la réalisation d'un reportage en BD sur le tournage de la série. Bouzard accepte et se lance sérieusement dans l'aventure : il débarque dans le désert de Tabernas, dans la province andalouse d'Almeria (site de tournages mythiques), habillé en cowboy de music-hall. Aux producteurs, réalisateur, scénariste, il s'empresse de proposer ses services. "L'écriture, la mise en scène, tout ça, je connais !", répète-t-il à ses interlocuteurs consternés qui s'empressent à leur tour de l'éloigner le plus possible du plateau. Bon, pas grave, Bouzard devient le meilleur ami de Rantanplan, d'un troupeau de chèvres, d'un duo de canards et d'un bosquet de palmiers plantés par Ridley Scott.
Un palmier dans la main
Vous pensiez lire un album à la fois immersif et détaillé comme Mathieu Sapin sait bien en faire. Ben, non, le kiff de Bouzard, c'est pas le sapin mais le palmier (planté par Ridley Scott). L'auteur lâche les chevaux et cavale vers le n'importe quoi. Il illustre une discussion avec Julien Vallespi en représentant le moteur de la voiture dans laquelle ils se trouvent. Et quand son éditeur, catastrophé par la tournure des événements, lui demande de lui envoyer ses croquis, Bouzard fait appel à l'IA.
C'est du n'importe quoi très marrant qui, contre toute attente, finit par nous faire découvrir les coulisses de la série (découvrez les premières planches). Contrairement à Alban Lenoir, Bouzard ne fait pas un bon Lucky Luke. Il serait plutôt Dalton à une nuance près : il vise dans le mille.
Anderton


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