DOSSIER

21 janvier 2011

L’Incompris : Dickens plutôt que Oui-Oui


En DVD : Avec L’Incompris, le cinéaste italien Luigi Comencini (L’Argent de la vieille, Le Grand embouteillage) traite l’un de ses sujets de prédilection : l’enfance. Surtout dans ses films postérieurs : Casanova, Un Adolescent à Venise, Pinocchio, Eugenio, Un Enfant de Calabre ou La Storia. Mais attention, hein : ce n’est pas Oui-Oui, mais plutôt Dickens…

Ce film – massacré à sa sortie en 1968, car pas assez idéologique et trop sentimental – raconte l’histoire d’un consul de Grande-Bretagne en poste à Florence, tout récemment devenu veuf, qui doit faire face à ses deux enfants, Andrea, 10 ans, et Milo, 6 ans, dont les réactions face au deuil vont les révéler à eux-mêmes.
 
Une tenue émotionnelle exemplaire

Alors qu’on aurait pu s’attendre à un mélo dégoulinant de pleurs et de pathos, on a affaire à un film d’une tenue émotionnelle exemplaire : par petites touches, le cinéaste nous dépeint peu à peu la trajectoire d’un enfant apparemment insensible, mais qui plonge dans le chagrin – voire la dépression – devant l’aveuglement dont font preuve son frère cadet, et surtout son père.

Drame de l’insensibilité, drame de la communication, ce film est également l’évocation d’une petite mort, d’un suicide virtuel qui ne veut dire son nom. Tout en émotion contenue, le film bouleverse littéralement lors d’un final à vous arracher les larmes. Comme si toute l’émotion retenue par l’enfant explosait littéralement dans son cœur, celui du père et in fine, celui du spectateur.

Un des plus beaux films sur l’enfance

Massacré lors de sa présentation à Cannes en 1967, il ressortit triomphalement en 1978, période faste pour la redécouverte des désormais classiques du cinéma italien, grâce au travail d’un attaché de presse, Simon Misrahi. Un des plus beaux films sur l’enfance avec Cria Cuervos de l’Espagnol Carlos Saura, Le Messager de Joseph Losey, Fanny & Alexandre d’Ingmar Bergman, Les 400 coups de François Truffaut, L’Autre de Robert Mulligan et L’Effrontée de Claude Miller.

Grâce à Carlotta, vous pouvez désormais redécouvrir ce grand film, dans une très belle copie, mais malheureusement sans beaucoup de bonus.

Travis Bickle
















2 commentaires:

Jul a dit…

Je suis allée voir ce film il y a quelques jours au Champo : copie plus que médiocre, mais quel film... Comment l'incompréhension grandit insensiblement, à travers l'attitude de chacun, vivant ses sentiments et son âge sans tenir compte d'Andrea (le petit frère qui par ses gestes et son innocence décrédibilise sans s'en rendre compte tout ce qu'entreprend son frère ; le père, incapable de voir son fils aîné comme un adulte en devenir).

Un chef-d'oeuvre trop méconnu, à voir absolument !

TravisBrickle a dit…

Ravi que tu aies apprécié ce film à sa juste mesure - la copie DVD Carlotta est bien meilleure de mémoire de ce que j'avais pu voir en DVD antérieurement...

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