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vendredi 10 avril 2020

Comics : la jeunesse d'Harley Quinn & Catwoman en romans graphiques

Harley Quinn Catwoman Urban Link CINEBLOGYWOOD
A lire : Urban Comics, l'éditeur de DC Comics (et affiliés) en France, a lancé un nouveau label, Urban Link. Au programme : des romans graphiques destinés aux jeunes et jeunes adultes et avec pour toile de fond, une société ouverte dans laquelle les individus s'unissent, partagent, s'entraident. Focus sur les comics consacrés à la jeunesse/genèse de Harley Quinn et Catwoman.



Mariko Tamaki & Steve Pugh : Harley Quinn Breaking Glass
En provenance de sa petite ville provinciale, Harleen Quinzel débarque à Gotham avec sa candeur et pas grand-chose en poche, à part une adresse donnée par sa mère. Dans un quartier un peu paumé, elle y retrouve Benny, enfin Mama, qui tient un club de drag queens où lui et sa petite troupe se produisent. Mama est d'accord pour recueillir l'oisillon à condition qu'il aille au lycée. Harleen s'exécute. Elle y fait la rencontre d'Ivy, une lycéenne engagée qui se bat pour ouvrir le ciné-club du bahut à des films moins machistes et pour sauver le potager collectif du quartier des appétits d'un constructeur. Le constructeur en question, le richissime Kane, veut d'ailleurs remodeler tout le voisinage. L'immeuble de Mama est aussi menacé. Mais Harleen n'est pas aussi fofolle qu'elle en a l'air et quand elle se met en colère, cela fait mal. Très mal. D'autant qu'elle croise sur son chemin un mystérieux Joker, bien décidé à tout faire sauter. Littéralement.
Breaking Glass... le titre fait autant référence au verre cassé quand Harleen/Harley s'en prend aux sites du promoteur qu'au plafond de verre qui contraint les femmes, les habitants des quartiers populaires, les minorités. Artiste engagée, la scénariste Mariko Tamaki signe un récit qui fait l'apologie de la différence et incite à une plus grande ouverture d'esprit. Pour autant, pas de militantisme poussif, ni de message lourdingue. Certes, la famille Kane est un peu caricaturale, mais juste ce qu'il faut - et encore, quand on voit certains millionnaires actuels, on se dit qu'on est peut-être en-deça de la réalité... Toujours est-il que l'histoire n'a rien à voir avec un tract associatif : les personnages sont bien brossés, les dialogues percutants et l'action est au rendez-vous. Le style de Steve Pugh évoque un peu celui de Manara. Son dessin réaliste fait la part belle aux expressions et sa mise en page se joue des cases lorsqu'il s'agit de rendre une séquence vivante. L'artiste britannique recourt à la technique du lavis sur trait, abordant les planches avec une ou deux couleurs, dont il utilise les différentes nuances, ce qui contribue à donner une identité très originale à l'album. J'ai beaucoup aimé.

Harley Quinn Breaking Glass comics CINEBLOGYWOOD


Lauren Myracle & Isaac Goodhart : Catwoman Under the moon
Selina a une vie "pourrie". Elle l'annonce d'emblée. Sa mère, serveuse, change régulièrement de compagnon et le dernier en date est une horrible brute. Selina encaisse les coups mais quand le chaton qu'elle a recueillie est tué par ce monstre, elle met les voiles. Elle quitte le lycée où, malgré la présence d'une bonne copine et de son ami d'enfance Bruce Wayne, elle se sentait de toute façon étrangère et incomprise. La voici qui découvre la vie dans la rue. Alors elle vole pour se nourrir ou se vêtir, elle ruse pour pouvoir se laver dans les centres commerciaux. Jusqu'au soir où elle rencontre un adepte du Parkour qui lui enseigne ses techniques et lui propose de rejoindre sa bande.
L'écrivaine Lauren Myracle signe son premier scénario de bande dessinée. Comme dans Harley Quinn Breaking Glass, le récit est raconté à la première personne du singulier. Et l'adolescence de Selina est en effet bien singulière. Violence familiale, échec scolaire, automutilation, fugue... rien ne lui est épargné mais elle est dotée d'un sacré caractère et habitée par l'esprit du chat qu'elle n'a pas eu le temps de voir grandir. Elle trace sa route seule avant de découvrir le pouvoir du groupe. Cette aventure plaira davantage aux ados : l'histoire est moins complexe et les dessins monochromes d'Isaac Goodhart lorgnent du côté des mangas. L'album aborde des sujets graves, auxquels les jeunes lecteurs peuvent s'identifier. D'ailleurs, il leur est proposé une liste d'associations à solliciter, en rapport avec les problèmes rencontrés par les personnages au fil du récit. A noter la belle initiative d'Urban Comics qui met en ligne gratuitement un chapitre de Catwoman Under the moon un mardi sur deux.

Catwoman Under the moon comics CINEBLOGYWOOD


Egalement disponibles des albums consacrés à Black Canary et Raven des Teen Titans, en attendant de prochaines sorties. Une démarche intéressante qui pourrait plaire à un public jeune et désireux de voir ses (super) héroïnes préférées évoluer dans une société plus en phase avec la sienne.

Anderton

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