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vendredi 23 avril 2021

C'était Kubrick : tordre le cou au mythe

C'était Kubrick livre Séguier CINEBLOGYWOOD

A lire : Comme tout le monde, j'ai lu et entendu les pires choses sur Stanley Kubrick. J'en ai gardé l'image d'un homme misanthrope, manipulateur et méprisant, pour ne pas dire franchement antipathique (en atteste l'anecdote très drôle racontée par Bertrand Tavernier). Autant de défauts que démonte un par le journaliste et scénariste Michael Herr dans l'ouvrage C'était Kubrick, publié aux éditions Séguier. Coscénariste de Full Metal Jacket et ami du cinéaste, il nous fait entrer dans l'intimité d'un homme brillant et perfectionniste.


Ce court texte, d'un peu plus de 100 pages, a été écrit en 2000, au lendemain de la sortie d'Eyes Wide Shut (1999). Michael Herr devait rédiger un reportage sur le cinéaste dans un magazine américain. La mort de Stanley Kubrick l'en a empêché mais le déferlement d'articles et bouquins à charge a écoeuré celui qui a été l'un des proches du cinéaste. D'où ces quelques chapitres dans lesquels Herr revient sur sa rencontre avec Kubrick et sur la personnalité (certes atypique) d'un artiste unique et souvent mal compris.

Ermite, Kubrick ? Pas vraiment, assure le journaliste. S'il vivait dans son manoir anglais à l'écart des agitations d'Hollywood, le réalisateur de Barry Lyndon n'était pas pour autant coupé du monde, et certainement pas de l'Amérique. Il était en contact permanent avec des amis, avec lesquels il pouvait discuter au téléphone entre trois et sept heures d'affilée ! Herr raconte bien comment la conversation abordait une multitude de sujets qui reflétaient l'immense curiosité de ce New Yorkais qui avait quitté l'école très tôt mais développé une immense soif de savoirs. Lui qui n'avait rien d'un épicurien, il dévorait en revanche les livres sur les sciences ou l'histoire et pouvait se rendre dans les cinémas londoniens pour voir six films en une semaine. Attaché à sa vie paisible en Angleterre, il restait viscéralement américain, se faisant envoyé des States des cassettes de shows TV (il adorait Seinfeld), de matchs de football américain mais aussi de publicités... qu'il se plaisait même à remonter !

En partageant certains de ses échanges téléphoniques avec le cinéaste, Michael Herr nous révèle un esprit brillant, très incisif, souvent drôle. Manipulateur, Kubrick ? Non, répond le journaliste mais Kubrick savait comment entrer dans la tête de ses interlocuteurs, tantôt charmeur, tantôt mystérieux. Il pouvait devenir très insistant quand il avait envie de faire découvrir un livre ou de s'assurer les services de quelqu'un. Quant à sa soit-disant radinerie, il s'agissait plutôt d'un profond mépris pour le gaspillage.

Un plan parfait

Evidemment, Michael Herr ne cache rien du perfectionnisme quasi-maladif de Kubrick et de l'exigence dont il a fait montre vis-à-vis de ses collaborateurs, et notamment de ses acteurs. Ses attentes étaient très précises et pour autant, ses indications demeuraient vagues. D'où des scènes qui pouvaient être tournées plus de cinquante fois. De quoi rendre fous, les comédiens. D'ailleurs ceux de Full Metal Jacket ont bien failli se révolter contre la Maître. Herr n'en parle pas mais Harvey Keitel s'est fait débarquer du tournage d'Eyes Wide Shut après avoir fait part de son exaspération alors que Kubrick lui faisait reposer sans cesse un verre sur une table. Mais quand on acceptait de bosser pour le cinéaste, on savait qu'on allait devoir donner le meilleur de soi-même. Certes, la fatigue et l'agacement pouvait succéder rapidement à l'emballement de travailler avec un tel génie. Mais Herr souligne également que, malgré des collaborations intenses et parfois conflictuelles, nombreux sont ceux, y compris parmi les plus critiques, à avoir exprimé l'envie de retrouver Kubrick sur un nouveau projet.

C'était Kubrick nous offre l'occasion de découvrir un autre point de vue sur ce monstre sacré, trop souvent réduit à l'image du simple monstre. Un témoignage précieux pour tout cinéphile qui se respecte.

Anderton

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