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mercredi 28 avril 2021

La Guerre du feu : un chef-d'oeuvre à (re)découvrir

La Guerre du feu blu-ray CINEBLOGYWOOD

En Blu-ray et DVD : Avant de s'intéresser aux soldats du feu (dans Notre-Dame brûle actuellement en tournage), Jean-Jacques Annaud a réalisé La Guerre du feu (1981), un film révolutionnaire qui a conservé son souffle et son humanité. Gaumont nous permet de le (re)découvrir dans une beau master au sein d'une édition vidéo soignée.


Au Paléolithique, à la suite d'une attaque, la tribu des Oulhamr perd son bien le plus précieux : le feu. Trois guerriers sont chargés d'aller retrouver (raviver) la flamme. Débute alors un long périple, ponctué de grands dangers et de belles découvertes... dont celle de l'amour.

En adaptant le roman de J.H. Rosny aîné avec son compère Gérard Brach, Jean-Jacques Annaud prend un parti osé : celui de limiter les dialogues et surtout de faire parler les protagonistes dans des langues préhistoriques, inventées par le romancier et linguiste Anthony Burgess. Même souci de réalisme pour les comportements des personnages : l'éthologue et zoologiste Desmond Morris met au point leurs manières de se mouvoir et d'interagir. Evidemment, recréer la préhistoire impose de la réinventer mais le cinéaste s'appuie sur les travaux d'éminents spécialistes.

Odyssée préhistorique

Quarante ans après sa sortie, je dois avouer que le film a gardé toute sa force. Il faudrait être bien pinailleur pour chipoter sur les lions transformés en tigres à dents de sabre ou les éléphants grimés en mammouths. Les maquillages des différentes sortes d'hominidés restent spectaculaires. Et surtout, le spectateur prend part à une odyssée qui se déroule dans de somptueux décors naturels, magnifiés par la photo de Claude Agostini et la composition de Philippe Sarde. On a l'impression de faire un voyage dans le temps pour se retrouver sur une planète à la beauté sauvage, où l'homme est tout petit et tente de survivre au sein d'un environnement souvent hostile. La fragilité de la vie n'a jamais été aussi bien représentée à l'écran. 

Ces hommes préhistoriques, s'exprimant et agissant comme de grands primates, auraient pu être franchement ridicules. Ils sont au contraire bouleversants. Leur naïveté, leur incompréhension face à des phénomènes qui souvent les dépassent mais aussi leur volonté et leur courage nous émeuvent à chaque instant. Les comédiens - Everett McGill, Ron Perlman, Nicholas Kadi et Rae Dawn Chong - sont formidables, qui en un regard ou une expression révèlent les sentiments subtils de leurs personnages. 

Avec sincérité, sans la moindre once de cynisme, Jean-Jacques Annaud signe un grand film empreint d'humanisme et de tolérance. Un film féministe et écologiste. Un film porté par le souffle de l'aventure et ponctué de séquences pleines de poésie et d'humour. Un chef-d'oeuvre, à (re)découvrir illico. Et Gaumont a eu la bonne idée d'accompagner le film d'un long entretien avec le cinéaste, aussi passionné que passionnant. Annaud est tellement volubile qu'il y a même un bonus à son bonus ! Quel plaisir pour le cinéphile.


Jean-Jacques et moi
J'ai découvert La Guerre du feu à sa sortie en salle (et oui). J'étais alors au collège et Madame Monti, notre professeure de français, avait inscrit à notre programme l'oeuvre de J.H. Rosny aîné, dont est tiré le film. Nous étions allés le voir lors d'une séance matinale réservée aux écoliers. "Je vous préviens, nous avait-elle mis en garde avant de nous installer dans les confortables sièges rouges du cinéma. Si j'assiste au moindre chahut, je vous fait quitter la salle sur le champ !" Vingt minutes plus tard, le film montrait un jeune membre de la tribu des Oulhamr qui allait prendre par derrière une des trois femmes culs à l'air qui se désaltéraient à la rivière. Explosions de cris et de rires dans la salle, remplie d'ados boutonneux qui n'en demandaient pas tant. Nous n'avons pas été évacués et les mêmes expressions sonores de joie ont retenti à chaque fois que Naoh pratiquait la levrette ou découvrait le plaisir de la position du missionnaire.
Ce souvenir (et un autre encore plus personnel lié au film et que je ne raconterai donc pas), j'ai eu l'occasion de le raconter à Jean-Jacques Annaud, croisé dans les couloirs de TF1 (où j'officiais en tant que journaliste) au début des années 2000, alors qu'il venait enregistrer le commentaire audio du Nom de la rose. Cela l'avait bien fait marrer. Je lui avais parlé de ses autres films qui m'avaient beaucoup plu (Coup de tête, La Victoire en chantant, L'Ours, Stalingrad) et lui avais suggéré d'inclure ses réalisations de pub dans les bonus DVD du Nom de la rose. "Ah oui, bonne idée !", avait-il dit en demandant à son assistante d'en prendre bonne note. Grosse fierté personnelle (bon, je crois que ça ne s'est pas fait, faute de droits, je pense). JJA avait été charmant, à l'écoute et volubile... au grand dam de mon collègue de TF1 Vidéo qui avait peur que le cinéaste n'aie plus envie de parler pour l'enregistrement du commentaire audio. Une magnifique rencontre.

Anderton


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