Artistes : Avec le décès de Gerry Fisher à l'âge de 88 ans, disparaît l'un des plus grands chefs opérateurs du cinéma, dont le nom restera à jamais lié à celui de Joseph Losey. Dont il éclaira huit films, et pas des moindres, d'Accident à Don Giovanni, en passant par Cérémonie secrète, Le Messager, Maison de poupée, Une Anglaise romantique, M. Klein, et Les Routes du Sud.
Mais Gerry Fisher, par la qualité de son travail sur les couleurs, le soin qu'il apportait à la captation de la lumière naturelle – rappelez-vous le soleil estival du Messager, ou bien la netteté des silhouettes égarées dans la chaleur nocturne suffocante d'Accident – a prêté ses talents à d'autres grands cinéastes. Tout d'abord comme assistant et cadreur du grand chef op britannique Jack Hildyard, il participe aux tournages du Pont de la Rivière Kwai, de Soudain l'été dernier, de Cléopâtre, et de... Modesty Blaise, de Joseph Losey.
C'est le début d'une longue et fructueuse collaboration entre le directeur de la photographie britannique et le réalisateur américain, qui entamait la période glorieuse de son exil européen. En se lançant seul sur la lumière d'Accident, Gerry Fisher accède à la reconnaissance internationale avec Joseph Losey, mais aussi avec John Huston – Le Malin, en 1979 – Billy Wilder – Fedora, en 1979. Et surtout Sidney Lumet, pour lequel il se dépassera dans un registre sombre et claustrophobique avec The Offence (1973), solaire, mélancolique et automnal avec A bout de course (1987). Enfin, parmi sa très riche carrière, relevons deux coups d'éclat, totalement inattendus, quasi-expérimentaux et graphiques :le méconnu Wolfen (1981), dans lequel il prête ses éclairages à des regards subjectifs de loups envahissant New York, alors en pleine déliquescence ; Highlander (1986), dans lequel il est parvenu à magnifier et contenir l'esthétique clip et choc des années 80 de son réalisateur Russel Mulcahy.
Retour sur une carrière de tout éclat.

