mercredi 27 mars 2013

Le Convoi de la peur : Zeitgeist had changed !


Buzz : C’était devenu un serpent de mer, c’est désormais un fait établi, Le Convoi de la peur (The Sorcerer en VO) va enfin se retrouver sur nos écrans, en salles et Blu-ray. C’est son réalisateur, William Friedkin, qui l’a lui-même annoncé, en espérant même qu’il puisse être projeté dans le cadre de la prochaine Mostra de Venise, qui se tiendra du 28 août au 7 septembre 2013. "The zeitgeist had changed by the time it came out," a même declare le cinéaste.


Film maudit des années 70’s

Bloqué depuis 35 ans pour des questions de droits détenus et copartagés par Universal et la Paramount, le film de Friedkin est devenu culte. Ré-adaptation du roman Le salaire de la peur de Georges Arnaud plutôt que remake du film éponyme d’Henri-Georges Clouzot, The Sorcerer fait partie de ces films maudits dont regorge le cinéma.

Après Heaven’s gate, c’est donc au tour de The Sorcerer de se payer un lifting, et de trouver une seconde vie. Tourné dans des conditions épiques en République dominicaine, gagné par la fatigue et l’épuisement de son équipe, bénéficiant d’un budget king size pour l’époque, le film est un four monumental au moment de sa sortie en 1978 – un coup d’arrêt brutal à l’ascension de Friedkin, tout juste auréolé des cartons publics et critiques de French Connection et L’Exorciste.

Sorti en même temps qu’un film sans stars, Star Wars

A cela, deux raisons majeures :
- L’absence de stars au générique. Prévu et taillé sur mesure pour Steve Mc Queen, qui finalement refusa le rôle pour rester aux côtés d’Ali McGraw, sa compagne d’alors, The Sorcerer rassemble de solides acteurs, mais peu attractifs auprès du grand public : le désormais regretté Roy Scheider (Jaws, All that jazz), le Français Bruno Cremer – en lieu et place de Lino Ventura – Amidou, davantage connu pour ses leloucheries, et le vétéran Francisco Rabal, issu des univers de Bunuel et Antonioni.
- Une date de sortie aux Etats-Unis devenue ironiquement symbolique avec le temps : sa sortie coïncide avec celle d’un film sans stars, bourré d’effets spéciaux, à faible budget, Star Wars….

Film typique d’une époque bénie où blockbuster se conjuguait avec cinéphilie, action avec vision, efficacité avec talent. Avec Heaven’s gate de Cimino, New-York New-York de Scorsese et un peu plus tard, One from the heart de Coppola, The Sorcerer marque la fin de l’époque du réalisateur roi à Hollywood.

Scénario signé par l’auteur de La Horde sauvage

William Friedkin, dont la carrière ultérieure rassemble beaucoup de bas – La nurse, Jade – et quelques très hauts – The Cruising, Police fédérale LA, Killer Joe, Bug – va donc faire subir un lifting digital à ce captivant film d’aventures, brutal et désespéré – scénario signé Walon Green, complice de Peckinpah sur La Horde sauvage, une référence en la matière. Outre ses scènes devenues mythiques – notamment la traversée d’un pont sous un déluge torrentiel, les hallucinations de Scheider au volant de son camion dans le désert – ce remake inavoué du Trésor de la Sierra Madre bénéficie également d’une musique planante et ensorcelante de Tangerine Dream – dont Michael Mann reprendra les nappes synthétiques pour Le Solitaire

Une sortie qui tombe à pic : le réalisateur s’apprête à publier ses mémoires début avril. Vu la réputation du cinéaste en matière de discours – vacheries et gossips compris ! – on a vraiment hâte de découvrir sa vision, sûrement toute personnelle, du Nouvel Hollywood…. !

Travis Bickle
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