CANNES 2024

jeudi 14 décembre 2017

Star Wars Les Derniers Jedi : Il est temps de laisser mourir le passé


Note de l’auteur : Bien que cette critique ne comporte pas de spoilers directs, je vous déconseille fortement de la lire avant d’avoir vu le film.

En salles : L’Episode 7 de Star Wars a divisé les fans. Attendu comme le messie, certains n’y ont vu qu’une pâle copie de l’original, là ou d’autres y ont trouvé une introduction réussie à la prochaine génération de héros. Star Wars Les Derniers Jedi ne mettra pas tout le monde d’accord, peut-être même divisera-t-il encore plus les fans de la saga... et ce n’est pas vraiment le sujet.



L’épisode 8, c’est un énorme doigt d’honneur balancé à tous et à chacun : jamais là où on l’attend, jamais dans le ton, jamais dans le sens... Même la dernière scène de l’épisode 7 où l’on retrouvait enfin notre héros favori, peut-être la seule qui avait mis tout le monde d’accord, est balancée comme un vieux sac.


A ceux qui ne voyaient en l’épisode 7 qu’un pur produit marketing en mode Canada Dry, le gout et la couleur de l’original, mais pas vraiment l’original, Rian Johnson répond en leur disant d’aller se faire foutre.

A ceux qui voyaient en l’épisode 7, une succession de nouveaux mystères, de questions qui trouveraient forcément réponses dans ses suites ; Rian Johnson répond de la même manière.
Qui est Snoke ? qui sont les parents de Rey ?  Ce n’est pas le sujet, vous n’avez rien compris… Et le pire, c’est qu’il a raison.

Ce que nous dit le film, c’est que nous sommes des vieux cons qui essayons de retrouver des émotions que nous ressentions quand nous avions 13 ans. Et qu’il est temps de mettre tous ces sentiments dans le compacteur à ordure… il est temps de faire table rase du passé.

Il suffit d’écouter ces benêts de critiques se précipiter sur Twitter pour nous expliquer que l’épisode 8 est meilleur que l’Empire Contre-Attaque. Evidemment qu’il n’est pas meilleur que l’Empire Contre-Attaque … même s’il était meilleur que l’Empire Contre-Attaque, il ne serait quand même pas meilleur que l’Empire Contre-Attaque.
 


Les Derniers Jedi est un film admirable que vous pouvez détester. Admirable parce qu’il a tout osé. Détestable parce qu’il a tout tué. Les héros, les codes et dans un terrible coup du sort, les acteurs eux-mêmes.

Après coup on en viendrait presque à regretter que Johnson ne soit pas allé encore plus loin. Pourquoi revenir à cet affrontement vieillot du bien contre le mal dans son troisième acte après nous avoir si bien vendu la fin des paradigmes dans le second.

Le bonhomme ne manque pourtant pas de bravoure. Déjà parce qu’il a réussi à rendre Mark Hamill absolument irrésistible dans un registre qui est définitivement le sien. Aussi parce qu’il se permet une critique du capitalisme dans une partie centrale, certes un peu faiblarde (osé quand on fait partie de l’empire Disney), mais aussi une dénonciation de l’oligarchie, pourtant centrale dans la saga Star Wars, en filigrane tout au long du film. Bravoure toujours, et un peu d’inconscience, quand il transforme l’un de ses personnages en Mary Poppins stellaire le temps d’une scène, contemplant ainsi ce que donnerait Star Wars s’il était réalisé par Jodorowski (vous n’allez entendre parler QUE de cette scène). Bravoure enfin quand il se permet de zigouiller des personnages, illustres anciens ou nouveaux plein de promesses, avec une facilité déconcertante.

Au passage, Johnson n’envoie pas que des fuck-you aux fans, il les étend aussi au malheureux qui va devoir écrire la suite. Car l’épisode 8 n’est pas le deuxième acte d’une trilogie. Il est en tout point une conclusion. Jusqu’à sa toute dernière scène, ce film est indiscutablement une fin. Il n’y a plus une seule question à répondre, plus un seul destin à dévoiler. La saga Star Wars est finie. Rouvrir ce vieux livre parti en fumer, c’est la quasi-certitude de se vautrer lamentablement.

Là où l’on imaginait 1138 suites possibles à l’épisode 7, on peine à en imaginer une seule à cette épisode 8. Alors Fuck you JJ Abrams, bon courage pour écrire ta suite. La page n’a jamais été aussi blanche… cette fois le passé est bien mort.   Et quand il reviendra pour nous hanter, comme un espiègle petit Jedi qui n’avait pas dit son dernier mot, ce sera alors à notre tour de le laisser filer, inexorablement, comme le soleil couchant.
 
L'Oncle Owen

2 commentaires:

vicmc a dit…

Très bonne critique. Ce film prouve aussi que comme d'habitude Abrams n'avait en fait rien prévu pour la suite. Il avait lancé un gloubiboulga d'intrigues sans queue ni tête avec la charge pour le suivant de s'en dépêtrer. Le pauvre Rian Johnson passe la moitié du film à ramer pour essayer d'expliquer les choix scénaristiques aberrants du précédent (pourquoi Kylo Ren a tué Solo, pourquoi il s'est fait battre au combat de sabre laser, qui est Rey...). Et d'ailleurs il s'en sort pas mal finalement sur ces points.
Reste que le film comporte un nombre de ratés assez hallucinant pour un film Star Wars : humour à la Benny Hill qui casse le mythe, effets spéciaux indignes pour un film de la franchise qui montrent que le film a été produit à la va-vite, scènes wtf (Leia of course), et aberrations scénaristiques en pagailles (la poursuite de la flotte rebelle la plus lente de l'histoire...).
Mais finalement, ce que je regrette le plus, en voyant l'ep 7 et 8, c'est cette volonté de "laisser mourir le passé", j'aurai d'ailleurs plutôt dit de le détruire. Moi, finalement, j'aurai préféré qu'il le laisse en paix.

Nicolas Gilbert a dit…

Hello, je suis d'accord avec toi. Cela fait 40 ans qu'on extrait le jus de cette saga. Le nouveau départ sera l'Episode IX. Le plus bizarre est que mon fils de 12 ans n'adhère pas encore et relève les incohérences. J'attends ta chronique #2 avec des détails quand tout le monde l'aura vu. Merci À+ Nicolas @zegilbos