jeudi 10 janvier 2019

Guy : Alex Lutz entonne le doudou daron

En DVD : On commence souvent l'année sous le gui. Et si vous la débutiez devant le Guy ? Le film d'Alex Lutz sort en vidéo. L'occasion de (re)voir un film émouvant, au-delà de l'incroyable prestation du comédien-réalisateur.


Chanteur de variét'. C'est le métier de Guy Jamet, qui a traversé les années yéyé, disco puis boîtes à rythmes, jusqu'à reprendre ses tubes sur scène devant des fans qui ont vieilli avec lui et, parfois, converti leurs grands enfants à leur passion. Gauthier décide de lui consacrer un film. Parce que sa mère, récemment décédée, adorait le chanteur. Et parce qu'elle avait assuré à son fils qu'il était le fruit d'une union fugace avec la pop star. Gauthier est donc décidé à se faire connaître à ce père qui ne sait rien de lui.


Alex Lutz a choisi le principe de la caméra subjective pour raconter cette rencontre sur laquelle pèse le lourd secret de Gauthier. C'est à travers les situations et les entretiens qu'il filme, commentés parfois par sa voix off, que nous découvrons la personnalité de Guy et son quotidien. L'ensemble est entrecoupé d'images d'archives récupérées par le jeune journaliste. Comme on s'y attendait, on a d'abord le droit à des clips délicieusement kitsch de jolies ritournelles aux paroles simplettes et à des tranches de vie entre retraite provençale, salles de spectacles municipales, plateaux télé et radio. On y voit à travers les yeux de Gauthier un vieil homme lâcher des bribes de paroles confondantes de banalité ou des blagues bien lourdingues. Guy, c'est un vieux beau ringard. Et Gauthier ne se prive pas de lui envoyer quelques piques lorsque son attitude laisse à désirer.

Et puis, le regard de Guy devient dur. On sent que quelque chose ne va plus. Un tête à tête avec Gauthier tourne à l'engueulade. "Ne me prends pas pour un con", avertit le chanteur. C'est autant au journaliste qu'au spectateur qu'il s'adresse. Papy fait de la résistance et nous appelle à ne pas nous poser en juges, à respecter sa vie. Comme Gauthier, on n'a un peu honte d'avoir ricané devant ses chansons ou ses petites manies. Le film bascule alors et Lutz nous dévoile une personnalité complexe, qui laisse apparaître ses doutes et ses blessures. 

Mélancolique et bluffant

Le réalisateur pose un regard tendre, pas nostalgique mais mélancolique, sur une époque frivole et les hommes qui l'ont traversée. Des jouisseurs qui ont négligé leur famille et ne savent pas comment établir des relations durables avec leurs proches. Le film est d'ailleurs dédié à "nos" pères. Les chansons sonnent comme à l'époque, on dirait des vraies ! Quant au comédien, il nous bluffe dans son interprétation. Il a assimilé les attitudes et les tics d'une personne âgée : son regard las, sa démarche vacillante, la lenteur de ses gestes et de ses paroles. Sauf sur scène, où Guy semble retrouver une seconde jeunesse. Ce qui est formidable, c'est qu'on y croit d'emblée et on oublie Lutz, pas plus qu'on ne pense à Catherine. Le comédien ne cherche jamais à montrer qu'il fait une performance. Il incarne Guy.

Autour de lui, Tom Dingler, Pascale Arbillot, Elodie Bouchez et même Bruno Sanches (son compère de Catherine et Liliane) côtoient des gloires qui s'étaient fait rares (Dani, Julie Arnold, Nicole Calfan) et des vedettes dans leur propre rôle (Julien Clerc, Michel Drucker, Alessandra Sublet). Cet ensemble hétéroclite contribue au charme du film et l'ancre dans la "réalité". Jusqu'à un final très émouvant. 

StudioCanal propose une édition réduite au minimum : en gros, le film. Au départ, j'ai été un peu déçu : j'aurais voulu voir un making of, retrouver des images de la présentation de Guy à Cannes, entendre Lutz commenter son film. Et puis je me suis dit que ce n'était pas plus mal. Lutz n'enlève jamais le masque. Guy n'est pas un personnage, on est persuadé qu'il existe pour de vrai.

Anderton

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