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mercredi 7 décembre 2011

Martin Scorsese à Paris : le syndrome de Marty


Artistes : Vendredi 17 h, vrille de week-end de décembre paisible – donc à tombeau ouvert – un petit email vous tombe, comme ça, sans rien dire : "OK pour assister à une conférence de presse avec Martin Scorsese lundi après-midi ?" Heu attends, là....You're talking to me ?

Martin Scorsese ? Marty ? Le cinéaste le plus compulsif de sa génération ? Le réal des Affranchis, Taxi Driver, Raging Bull, Gangs of New York, Shutter Island ? Le troubadour de Big Apple par excellence ? Le cinéaste le plus rock de sa génération, aussi à l'aise dans les ruelles de Little Italy, dans l'univers capitonné d'Edith Wharton, on stage en compagnie des Stones que dans les méandres des cinématographies suédoise, française, italienne ou même américaine ? Bref, the ULTIMATE cinéaste ? Bref, MON IDOLE ??? Certes, un peu mou du genou ces derniers temps, davantage porté sur les ombres de l’âme humaine que sa vive clarté, mais qui vient de nous offrir le plus beau cadeau de Noël qui soit avec Hugo Cabret ?


The ultimate cinéaste ?

Arrgggh, dans un râle de soupir et de défaite, tel Raging Bull KO debout, mon agenda est complet lundi après-midi. "Anderton, je ne peux pas…". A peine avais-je envoyé ma réponse à mon rédac chef préféré que le remords m’assaillit, tel Judas-Harvey Keitel devant Jesus-Willem Dafoe. Et puis, zut, toucher l’idole, capter son regard, lui poser une question, droit dans les yeux de celui qui a bercé mon éducation cinématographique, dont la passion contagieuse m’avait directement touché – impossible de rater ça ! Je bazarde tous mes RV pour Marty – je lui dois bien ça !

Rendez-vous au Bristol – c’est fou les palaces qu’on peut fréquenter quand on est blogueur, entre les projos presse et les conférences de presse ! – atmosphère feutrée et cosy, plus proche du Temps de l’Innocence que de Mean Streets. Après 5-10 mn de flottement, le maître entre en piste, accompagné de Sir Ben Kingsley – on ne badine pas avec les titres… - et les deux jeunes interprètes d’Hugo Cabret, Asa Butterfield et la prometteuse mais ravissante Chloë Grace Moretz.


Passionné, passionnant, intarissable

Tout de noir vêtu, chevelure argentée, regard vif sous des lunettes quasi professorales, Scorsese reste fidèle à sa légende : passionné, passionnant, intarissable. Tout y passe : 3D, Faces, Les 400 coups, Les Enfants du Paradis, Joyce, Camus, Méliès, Paris, René Clair, Les Hauts de Hurlevent, - même Madame Bovary grâce à une question carrément cuistre de votre serviteur... Moi : "Est-ce que que, comme Flaubert à propos de Madame Bovary ,vous pourriez dire : 'Hugo Cabret, c'est moi' ?" Lui : "Yes, Hugo Cabret, c'est moi (en français). Comme je suis un peu de tous mes personnages..."

OK, il y fut un peu moins question de DeNiro, de mafia, ou de rock. Rien que cela : au lieu de ces 45 minutes riches mais frustrantes, on resterait des heures avec lui, on aimerait que son personal journey à travers l’histoire du cinéma ne finisse jamais. Peut-être est-ce ça, être atteint du syndrome de Marty : écouter des heures durant un intarissable fleuve de paroles passionnantes, passionnées sur le cinéma, son histoire, ses histoires. Dites, c’est grave, vous croyez ?!

Travis Bickle

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