mercredi 19 décembre 2018

Dogman : si vis cane para bellum

En DVD et Blu-ray : Avec Dogman, Matteo Garrone raconte une histoire de gens simples dont la vie est empoisonnée par la violence. Comme une parabole sur l'Italie. Et il offre à Marcello Fonte un rôle en or, que le comédien magnifie, obtenant le prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes 2018. Le conte est bon.


L'histoire est inspirée d'un fait-divers glauque qui fit les Unes de la presse italienne dans les années 80. Mais ne vous attendez pas à un film gore, prévient Matteo Garrone dans un bonus. Le cinéaste a pris des libertés avec la réalité. L'histoire est celle de Marcello, toiletteur pour chiens installé dans un quartier en déliquescence. Sur une grande place battue par les vents, quelques manèges rouillés. Autour, des blocs de béton lépreux, qui abritent commerces et petits appartements. Au loin, la mer, invisible. Dans ce lieu sordide et impersonnel, vit pourtant une petite communauté unie par l'entraide et la cordialité. Les commerçants se retrouvent au restaurant du coin, observent les enfants jouer. Et s'exaspèrent de la brutalité de Simoncino, un ancien boxeur accro à la coke qui fait régner la terreur.


Le début du film, qui présente cette place centrale qui deviendra théâtre, m'a fait penser à du Fellini. Garrone sait rendre poétique la réalité la plus crue, aidé par la magnifique photo de Nicolai Brüel. On pourrait se trouver dans n'importe quelle banlieue du monde mais très vite, les rapports sociaux nous indiquent que nous sommes en Italie : les déjeuners sur des grandes tables en terrasse, les matchs de foot, les blagues et amabilités échangées sur les pas de porte... Et qu'importe si le ciel gris est parcouru d'inquiétants nuages. E finita la dolce vita. 

Ce qui aurait pu être une sorte de documentaire sur une population déshéritée devient un conte, avec un ogre vraiment terrifiant (Edoardo Pesce, grimé en brute épaisse, est formidable) et un héros malgré lui, un petit "tailleur" qui ici s'occupe de toutous. Et c'est Marcello Fonte qui lui donne vie. Et de quelle manière ! A son personnage cabossé, malmené par la vie, il transmet une lumière qui rejaillit sur tout le film. L'amour que Marcello porte à sa fille, la bienveillance avec laquelle il prend soin des chiens, y compris ceux qui montrent les dents, sont tout simplement bouleversants. "Amore", lâche-t-il souvent. Sa gentillesse et son dévouement ne sont pas dénués de malice mais la sincérité l'emporte. Il n'est pas difficile de le trouver éminemment attachant ce petit homme qui fait office de souffre-douleur. Et lorsque les bornes sont dépassées, Marcello l'acteur donne une dimension tragique à Marcello le personnage. Le prix cannois est amplement mérité.

Comme dans Gomorra, Matteo Garrone raconte une Italie qui tente de survivre à la violence et à l'abandon des pouvoirs publics. Il donne vie à des gens trop souvent réduits au rang de victimes ou de complices passifs. Un beau film, complété dans cette édition Le Pacte par un entretien avec le cinéaste et son acteur principal ainsi qu'un bon making of, dans lequel Fonte paraît tel que son personnage, à la fois souriant et inquiet. Fragile. Et Garrone n'hésitera pas à lui filer de la grappa pour le décoincer lors de scènes difficiles. 

Anderton




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