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mardi 18 décembre 2018

Mandingo : l'anti-Autant en emporte le vent

En DVD et Blu-ray : Jean-Baptiste Thoret continue de nous régaler avec sa collection Make My Day ! Cette fois-ci, il exhume une oeuvre forte et dérangeante qui présente la réalité crue de l'esclavage : Mandingo (1975). C'est la première fois que le film réalisé par Richard Fleischer disponible en DVD et Blu-ray, qui plus est dans sa version longue non censurée. Un choc.


Dans son introduction au film, Thoret évoque un "Graal" et met en garde le spectateur sur ce qu'il s'apprête à voir. Mandingo est l'antithèse d'Autant en emporte le vent (1939) : la plantation Falconhurst ne ressemble en rien à Tara car le domaine de Scarlett O'Hara, où travaillaient des esclaves dociles et heureux, était pure invention. En adaptant le roman de Kyle Onstott, Richard Fleischer a eu à coeur de mettre en lumière le système esclavagiste dans toute son horreur. Des enfants, des femmes et des hommes méprisés, rabaissés au rang de bétail et vendus comme tel. Des enfants, des femmes et des hommes soumis au bon vouloir de propriétaires avides et souvent incultes. Le cinéaste ne nous épargne rien : un enfant utilisé comme repose-pied pour guérir les "rhumatiz" de son maître ; une jeune femme déflorée par le fils de ce dernier ; des hommes "élevés" pour se battre  entre eux (les mandingos) ; des familles brutalement séparées... Fleischer ne se contente pas de filmer ces moments abjects, il en montre tout l'environnement, décrivant le processus qui conduit à ces actes insupportables. La musique enjouée de Maurice Jarre vient en contrepoint souligner l'horreur des situations avant de se désaccorder lors de séquences étouffantes..

Il y a la patriarche acariâtre et inculte (James Mason, une fois de plus formidable), qui dirige Falconhurst d'une main de fer. Privé de tout affect, il  aboie des ordres cruels dans un mauvais anglais, instaurant la terreur, faisant couler le sang. Il attend que son fils (étonnant Perry King que l'on connaissait plus lisse dans la série Riptide) lui donne un héritier. Celui-ci, boiteux depuis un accident de cheval, semble plus sensible au sort des esclaves : s'il épouse une cousine (Susan George, vue dans Les Chiens de paille) pour assurer une descendance à sa famille, il s'attache à une jeune esclave (Brenda Sykes, à l'affiche de quelques films de Blaxploitation), à laquelle il promet qu'il ne vendra pas leur enfant. Et pour faire plaisir à son père, il acquiert un mandingo (Ken Norton, un boxeur qui apporte force et candeur à son personnage) et le prépare pour un combat.


Veulerie, violence, consanguinité, bêtise crasse... les planteurs de Louisiane n'ont rien en commun avec la vision déformée que véhicule Autant en emporte le vent. Quant aux esclaves, ils ne sont pas de simples figurants : Fleischer s'attarde sur leurs souffrances et nous dévoile leur intimité ainsi que leurs rapports, faits d'entraide et de confrontations. Sous le joug de leurs maîtres blancs, les noirs ne sont pas non plus réduits au rang de victimes : certains d'entre eux se révoltent, prêts à en subir les conséquences.

Ce grand film, dur et poignant, qui a influencé Quentin Tarantino pour Django Unchained, n'a rien perdu de sa force. Richard Fleischer, "l'artisan" sous-estimé, à qui l'on doit Vingt milles lieues sous les mers, Les Vikings, L'Etrangleur de Boston ou Soleil vert, atteint son objectif. Rarement l'esclavage a été montré dans toute sa cruauté.

Cette formidable édition, chez StudioCanal, est accompagnée de passionnants bonus : une interview de James Mason en français datant de 1977 ainsi que des analyses du film signées Jean-Baptiste Thoret, Samuel Blumenfeld, Jean-Loup Bourget et Olivier Père. Décidément, cette collection Make My Day ! tient toutes ses promesses.

Anderton

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