Cannes 2022

lundi 17 décembre 2018

Under the silver lake : ambitieux, filou et foutraque

En DVD et Blu-ray : Ambitieux et filou, fourmillant d'idées et foutraque... Que ce soit au Festival de Cannes 2018 ou lors de sa sortie en salle, le film de David Robert Mitchell a autant emballé que déconcerté. Désormais disponible en vidéo, Under the silver lake reste à mes yeux une oeuvre marquante, à la fois reflet de son époque et plongée dans un Los Angeles fantasmatique.



Voici Sam. Un garçon apathique et sympathique. Sans emploi, à quelques jours de se faire virer de son appart d'où il a une vue plongeante sur la piscine du condominium et les balcons de ses voisins. Pétard au bec et jumelles à la main, il mate ce concentré de vie. La voisine hippie qui se balade seins nus ou cette belle blonde qui promène son petit chien et qui lui tape dans l'oeil. Elle s'appelle Sarah. Il s'arrange pour la rencontrer, le courant passe mais elle disparaît du jour au lendemain. Un mystère qui s'ajoute à celui qui traumatise le quartier, celui de Silver Lake : un tueur de chiens rôde.


Après It Follows, David Robert Mitchell signe un thriller labyrinthique et entêtant - tarabiscoté, diront ceux qui ne se sont pas pris au jeu. Personnellement, j'ai plongé dans son film avec plaisir. J'ai apprécié l'ambition de sa mise en scène qui, à l'instar de la photo de Mike Gioulakis, inscrit le film dans une certaine tradition hollywoodienne, un peu comme La La Land : belle lumière, plans soignés, mouvements de caméra "sensuels". On retrouve d'ailleurs dans les deux longs-métrages des ambiances et des lieux identiques : l'Observatoire, des fêtes sur les hauteurs de Los Angeles...

Le récit raconte notre époque, celle de personnages mi-désabusés, mi-ennuyés, fascinés par les célébrités et prêts à croire à l'existence de complots ou de conspirations régissant le monde. David Robert Mitchell nous entraîne dans un jeu de pistes, ponctué de chausse-trappes et de voies sans issues, bordé de signes qui se répondent. Tout semble lié. Sam est un enfant de X-Files. Comme Mulder, son moto est : "I want to believe". Et le spectateur aussi veut croire - sauf s'il est resté au bord de la route.

Codes et clins d'oeil

Le cinéaste multiplie hommages, citations et clins d'oeil. Mullholland Drive ou Le Privé sont des références évidentes. La scène de la piscine de Something's got to give, le film inachevé de Marilyn Monroe, aussi. On pense également à Body Double et Fenêtre sur cour. Altman, Hitchcock, DePalma, Lynch donc. Il y a pire, comme maîtres. DRM s'en inspire, avec respect et impertinence. De même qu'il s'amuse à évoquer The Amazing Spider-Man lorsque Sam, interprété par Andrew Garfield qui fut également Peter Parker à l'écran, tente de décoller de ses mains poisseuses un comic-book du Tisseur de toiles. Humour de geek pour les geeks. Le cinéaste semble nous dire de ne pas tout prendre au pied de la lettre, surtout lorsque celle-ci sert à produire des documents codés.



Andrew Garfield est parfait dans le rôle de ce type paumé et obstiné, obsédé par Sarah : Riley Keough semble elle aussi sortir d'une production de l'âge d'or hollywoodien. Topher Grace est également au générique mais je dois avouer que je ne l'ai pas reconnu. Et puis il y a également Patrick Fischler, dont le visage à l'expression inquiète nous rappelle quelque chose. Il a joué dans Ave, César des frères Coen et... Mulholland Drive. Coïncidence ? Je ne crois pas.

Non, Under the silver lake n'est pas parfait mais il dénote comme un lac argenté au coeur d'une ville tentaculaire, où toutes les maisons se ressemblent. Dans son édition, Le Pacte ne propose aucun bonus - à moins qu'il soit caché. Dommage, on aurait aimé entendre DRM s'expliquer ou revoir des images de Cannes. Finalement, c'est peut-être mieux ainsi. Le mystère perdure. Au spectateur de se faire sa propre idée. Ses propres théories. 

Anderton

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