Un bol de ramen mortel, une institution scolaire malfaisante, un sociopathe capable de figer le temps... Trois albums de bande dessinée nous emportent au coeur d'enquêtes haletantes, dans des styles très différents : kawaii pas si mignon avec Umami, étrange avec le deuxième tome des Mystères de Hobtown et hollywoodien avec Stand Still.
Willy Ohm : Umami (Dargaud)
Tabako est un détective tokyoïte spécialisé dans les enquêtes sur les conjoints infidèles. Un job alimentaire et lui, son aliment préféré, c'est le whisky. Il faut dire qu'en bon privé habitué aux affaires glauques, il se trimballe un traumatisme qu'il tente de noyer dans l'alcool. Alors qu'il vient de terminer sa dernière bouteille, il reçoit une invitation à se rendre dans le restaurant éphémère Umami où les boissons sont offertes. Ni une ni deux, il enfile son imper et s'enfonce dans la jungle de néons pour rejoindre la gargote. Les clients sont venus pour goûter les ramen, lui s'en tient au whisky. Les bols sont à peine engloutis que les consommateurs sont au paradis. Littéralement : ils décèdent tous dans un état extatique. Et ça rappelle un mauvais souvenir à Tabako, un traumatisme encore à vif.
Publié dans la collection Cantina de Dargaud, Umami est à la cuisine japonaise ce que Le Silence des agneaux est à la haute couture. Willy Ohm avait déjà fait une référence détournée à un plat asiatique emblématique dans sa série Bao Battle. Cette fois encore, il ne nous emmène pas tant à la recherche du cinquième goût mais il nous plonge plutôt dans un bouillon malsain concocté par des yakuzas. Le récit, qui s'avale dans un grand slurp gourmand, est aussi sombre que le dessin est mignon et coloré. Le style d'Ohm, tout en rondeurs, on l'apprécie autant dans ses bandes dessinées que dans ses incursions dans l'animation, et notamment la géniale série Le Monde incroyable de Gumball. On croise dans Umami des humains, des animaux, des robots. Beaucoup de décalage entre la mignonitude des personnages et les situations parfois sanglantes. Une grande réussite qui ne nous laisse pas sur notre faim.
Lee Loughridge, Andrew Robinson et Alex Riegel : Stand Still (Delcourt)
Nom de code : Standstill. Un appareil qui permet de figer le temps. Le directeur du projet a été retrouvé mort dans son labo et le dispositif a été volé. Son inventeur, Colin, est alerté par Kate. Ils se sont connus à l'université et tous les deux connaissent le voleur : Ryker Ruel. C'est lui qui utilise l'invention pour son seul plaisir sadique, laissant derrière lui une flopée de morts aux quatre coins du monde. Pour l'arrêter, Colin doit tenter de recréer un deuxième module. La seule solution pour affronter Ryker à armes égales. Mais un tueur implacable est également à ses trousses.
Loughridge et Robinson développent leur création dans un format panoramique. Et c'est vrai que Stand Still a tout d'un thriller de cinéma. Au programme : des séquences d'action brutales, une traque haletante, un grand final au climax hollywoodien. Cela ne m'étonnerait pas qu'une adaptation voit prochainement jour. Loughridge nous sert un récit tendu qu'Andrew Robinson met en scène avec son trait élégant et dynamique dans la première partie de l'album. Je suis moins amateur du style anguleux d'Alex Riegel, qui prend la suite, mais on reste emporté par l'histoire et ses multiples rebondissements.
Kris Bertin et Alexander Forbes : Les Mystères de Hobtown 2 - L'ermite maudit (Delcourt)
Ne vous laissez pas tromper par l'apparente tranquillité de Hobtown. Cette petite bourgade de Nouvelle-Ecosse recèle bien des mystères et le club des détectives du lycée a à peine le temps de se remettre de sa première enquête (lisez notre chronique) qu'il est confronté à nouveau à une situation troublante. Brennan et Pauline, deux membres du club, intègrent la prestigieuse école locale de Knotty Pines. Ils découvrent bien vite les étranges méthodes d'enseignement du directeur et de son épouse. Un véritable lavage de cerveaux qui rend les filles serviles et transforment les garçons en brutes. Le duo de détectives tente de comprendre et surtout de résister. Et si la clé du mystère était lié à un inquiétant ermite, surgi de la forêt voisine.
Belle initiative des éditions Delcourt : rééditer les cinq volumes de cette série en cinq tomes. Dans ce deuxième opus (découvrez les premières pages), les auteurs poussent encore plus loin dans le fantastique, entre humour décalé et horreur assurée, le tout dans un style vintage. Le Club des cinq revisité par David Lynch ! Encore une réussite.
Anderton

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