Andalou, Alberto Rodriguez raconte sa région d'origine loin des images de carte postale qu'elle suscite spontanément. Certes, le soleil est éclatant mais il illumine les vices et turpitudes de l'humanité qui y a élu domicile. Avec Los Tigres, que Le Pacte sort en vidéo, le cinéaste signe un thriller tendu qui nous fait découvrir l'univers des plongeurs professionnels.
Frère et soeur à la dérive
Enfants d'un célèbre plongeur professionnel local, Antonio et sa soeur Estrella exercent le même métier que leur père : ils interviennent souvent sur des navires et équipements de l'industrie pétrolière, au large du port de Huelva. Un travail dur qui leur permet tout juste de vivre. D'ailleurs, Antonio peine à payer la pension alimentaire de son ex-épouse, qui menace de lui interdire de continuer à voir ses filles. Lors d'une mission, il découvre un chargement de cocaïne caché dans un compartiment immergé d'un pétrolier. Il imagine de voler la cargaison et de la revendre pour sortir de ses problèmes financiers. Estrella refuse avant de se raviser et d'imaginer un plan pour que le vol ne soit pas découvert.
Implacable Rodriguez
Après l'excellent La Isla minima, retour en Andalousie pour Alberto Rodriguez. Sous le soleil implacable, sa terre devient le théâtre de ce qui s'annonce comme une tragédie grecque. Car on ne croit pas au miracle et cette cocaïne providentielle charrie évidemment son lot de dangers. Pas d'extravagance dans la mise en scène, ni de rythme effréné dans le montage : Rodriguez instaure une tension qui va crescendo avec des plans d'apparence simple mais terriblement efficaces. Sa réalisation est implacable.
Plongée en apnée
Le film vaut également par la description d'un métier rarement montré au cinéma, dont on découvre la pénibilité, en même temps que le mode de vie qu'il implique. En forme ou pas, il faut plonger. Le matériel n'est pas toujours parfait. L'équipage forme une sorte de famille, entre solidarité et engueulades. En dehors du bateau, le cinéaste décrit avec justesse la vie de ces forçats de la mer, un prolétariat dur au mal car il n'a pas le choix. L'Andalousie se révèle comme une terre aride, écrasée de soleil, au littoral tantôt abandonné, tantôt défiguré par les usines et infrastructures industrielles.
Un formidable duo d'acteurs
Déjà à l'affiche de La Isla minima, Antonio de la Torre nous avait emballé dans Une Vie secrète et El Reino. Econome en gestes, il impose son regard perçant et une présence qui dégage autant de bienveillance que de menace. Dans le rôle d'Antonio, il est encore une fois formidable, alternant force de caractère et faiblesse touchante. Barbara Lennie, à l'affiche d'Autofiction de Pedro Almodovar (Festival de Cannes 2026), joue sa soeur Estrella avec toutes les nuances qui rend cette relation véridique : elle materne et bouscule son frangin, avec lequel elle partage un traumatisme ancien.
Le Pacte accompagne ce thriller prenant de bonus intéressants : des entretiens avec le réalisateur et les acteurs ainsi qu'un making of sur un tournage forcément compliqué.
Anderton

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