Dossier

jeudi 27 décembre 2012

Cinéma 2012 : le Top 15 de Travis Bickle


En salles : Comme en 2011, flashback sur 2012 en 15 films. Pourquoi 15 ? Parce que ! Allez, en vrac, et sans ordre pré-établi ! 


Amour : tout simplement, parce que "c’était bien", comme le susurre Jean-Louis Trintignant à Emmanuelle Riva. 2ème Palme d’Or amplement méritée pour Michael Haneke, triomphe attendu aux Césars.

Tabou : l’OCNI de l’année, d’une beauté stupéfiante. Rarement cinéaste aura su exploiter la force de l’image pour ressusciter le passé, raviver la nostalgie d’un amour qu’on croyait perdu dans les limbes du passé, d’un paradis en noir et blanc. "Le cinéma a ce pouvoir de filmer la fin des choses, de l'innocence, de la jeunesse, de façon si tendre. Aucun art n'arrive à la même chose", déclare son auteur, le cinéaste portugais Miguel Gomes. Et puis, bien sûr, pour Phil Spector ! Un film qui ravive l’envie de fréquenter les salles obscures.

The Deep Blue Sea : le feu sous la glace, une histoire d’amour bleue comme les flamèches de gaz dans le Londres d’après-guerre. Rachel Weisz tient là enfin le grand rôle qui manquait à sa filmographie, Terrence Davies signe enfin le grand film qu’on attendait en vain, tout en restant fidèle à son minimalisme. Déchirant.

De Rouille et d'Os : l’uppercut émotionnel de l’année. Radioscopie d’un couple à la dérive, de deux paumés du cœur, de deux corps meurtris par la vie, il confirme la place centrale qu’occupe désormais Jacques Audiard dans le cinéma français. D’une beauté à tomber, cette adaptation made in France d’un recueil de nouvelles US accomplit un exploit : nous rappeler combien Marion Cotillard peut être bouleversante, sans tics ni maquillage.

Bullhead : quand le cinéma flamand déboule comme un bouledogue au milieu d’un cinéma international, ça donne ce polar stupéfiant, irradié par la puissante présence mélancolique de Matthias Schoenaerts, dans ce polar crépusculaire, remake inavoué de La belle et la bête au pays du houblon.

Cogan  : faux polar, néo-polar, post polar, dénonciation d'un capitalisme aveugle et absurde, aux confins de la fable et de l'étude anthropologique, Cogan s'impose d'ores et déjà comme une pierre indispensable à la mythologie du cinéma américain. On parie ? Reparlons-en dans 10 ans ! Et confirme la place d’Andrew Dominik parmi les plus grands.

Les Bêtes du Sud sauvage : Une merveille de conte, entre Kusturica pour le bestiaire et Terrence Malick pour la voix off ! Film monde avant d’être un film sur la Louisiane post-Katrina, ces Bêtes du Sud sauvage menées par ce petit bout de fille de 6 ans Huspuppy rugissent longtemps dans nos têtes, bien après la projection. 1er film de Behn Zeitlin, coup de génie, on attend la suite avec impatience…
Cosmopolis : une fable brillante et désabusée sur le capitalisme contemporain. A l’instar de son History of violence, Cronenberg nous livre une History of capitalism. Ouvert sur des éclaboussures à la Pollock, le film se referme magistralement et asymétriquement sur des gros plans de toiles de Rothko. Bref, un film d’une maîtrise vertigineuse, d’un propos d’une brûlante actualité. Et qui ravit les sens et l’intellect. Long life to Cronenberg

Take Shelter : avec LBDSS, l’autre grande révélation du cinéma US indépendant qui nous plonge dans l’antre de la folie d’une famille de l’Ohio. En attente de la catastrophe ultime. Durablement entêtante, cette plongée en eaux troubles est portée par un acteur hallucinant, et halluciné, Michael Shannon,k et une mise en scène atmosphérique et envoûtante.

The Impossible : à la croisée du film catastrophe, du récit initiatique et du conte fantastique sur les vivants et les morts - sous oublier sa dimension mélodramatique - est une oeuvre puissante, transcendée par la mise en scène époustouflante de l’Espagnol Juan Antonio Bayona. Mention à Ewan McGregor, qui enlève le morceau en une scène - celle du téléphone portable, pour ceux qui l'ont vu ! Bref, même si ça n'a rien à voir - quoique - peut-être le film "catastrophe" le plus ambitieux et le plus puissant depuis Titanic.

Quelques heures de printemps : Une très belle surprise, portée par la dignité du couple Lindon-Vincent, la réalisation de Stéphane Brizé fondée sur de longs plans séquences qui laissent sourdre l'émotion derrière la rigueur du quotidien, et un scénario sous influence Simenon - donc tout sauf lacrymal. Et pour couronner le tout, une BO signée Nick Cave, qu’il avait composée pour L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford

Cloclod'une ambition narrative et cinématographique suffisamment rare dans le cinéma français pour ne pas être saluée. Avec pour modèle évident – il y a pire ! - Boogie nights de Paul Thomas Anderson. Mise en scène, schéma narratif, profusion des personnages, toute la mise en scène semble directement inspirée de la fresque porno du futur réalisateur de Magnolia (tiens !). Autant dire que c'est jouissif !

Holy Motors : parce que la beauté est dans l'oeil de celui qui regarde... Carax pour son come-back inespéré se place dans les mêmes traces que… Clint Eastwood, dont c’était le leitmotiv (cf Minuit dans le jardin du bien et du mal). C’est dire la richesse du film, son inventivité et sa poésie. Même si on n’adhère pas à tout, chapeau l’artiste !

J. Edgar :
Clint Eastwood revient au 1er plan après 2 échecs artistiques successifs (Invictus, Au-delà). A 81 ans, il livre le film le plus secret de sa longue carrière. Car derrière le biopic aux allures de fresque de celui qui s’est considéré comme l’homme le plus puissant du XXe siècle se cache en creux un autoportrait intime du cinéaste. Et une très émouvante histoire d’amour. D’où un film singulier, passionnant.

Thérèse Desqueyroux : le classicisme à la française porté à sa perfection, qui permet à Claude Miller une ultime fois de fusionner ses obsessions et thématiques dans le cadre d’un cinéma populaire de qualité. Et de livrer un troublant portrait de femme, qui n’a rien à envier à ceux de Bergman. Et de donner à Audrey Tautou de nous faire oublier Amélie Poulain. Définitivement.

Eh oui, manquent à l’appel Cheval de guerre, Skyfall, John Carter, TDKR, Les Hauts de Hurlevent ou la résurrection des Taviani via César doit mourir…. C’est la loi du Top ! RV en 2013, avec de très belles perspectives cinéma - Desplechins, Malick, Spielberg, Tarantino, PTA, NWR, WKW, Wachkowski, Scorsese ! Bonne année à tous.

Travis Bickle

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