Dossier

mardi 25 décembre 2012

Jack Reacher : de quoi Tom Cruise est-il le nom ?

En salles : Qu'on se le dise, oui, Tom Cruise est un grand acteur. De Coppola à Scorsese, en passant par Kubrick, PTA, Spielberg, De Palma, John Woo, JJ. Abrahms ou Oliver Stone, il possède une filmographie à peu près unique parmi ses contemporains. Et très souvent, il prend des risques, se réinvente, casse son image – et ça marche – qu'on se souvienne tout récemment de Rock Forever sorti en juin dernier. On peut penser ce qu'on veut de ses engagements et de ses comportements privés, compliqué de lui reprocher quoi que ce soit côté cinéma.


 
Gros fail pour Tom Cruise

Sauf désormais ce Jack Reacher. Gros fail industriel et artistique dans la carrière de l'acteur. Je n'ai pas pour habitude de mettre en avant les films qui n'ont aucun intérêt – ils en tous un peu, les mires comme les meilleurs, les moins investis comme les oeuvres-mondes – mais là, devant mon désarroi, je ne peux que vous aligner les éléments de ma déception :

Tom Cruise, d'abord. Le miscast de l'année. Dans un rôle torturé et complexe qui se veut davantage proche de la rugosité d'un Clint Eastwood que de la coolitude d'un Steve McQueen, l'acteur surjoue le héros malin et bourrin, surgi de nulle part, avec son bon gros sens moral bien à lui : "Il se fout des preuves. Il se fout de la loi. Il veut juste que justice soit faite". Le gros problème, c'est qu'on n'y croit pas une seule seconde : Tom, malgré ses 50 ans, joue au malin, conserve son sourire ravageur – et quand il doit endosser quelques scènes sado-masochistes à la Eastwood, comment dire... Pastiche ? Second degré ? Hommage ? Entre vannes balourdes et sentences prophétiques, on ne comprend jamais le sens de la composition de l'acteur. La faute à une absence de véritable direction d'acteurs ?

Passe encore si le reste du casting sauvait la mise. Mais là encore, énorme ratage : du personnage féminin totalement inexistant à la prestation grotesque de Werner Herzog manifestement venu éponger quelques arriérés d'impôts, en passant par Robert Duvall en roue libre, c'est une catastrophe intégrale.

Thriller ennuyeux et sentencieux

Quant à l'intrigue, à se demander si le scénario a bel et bien été relu... Béances larges comme la faille de San Andréas comblées par de lourdingues dialogues explicatifs, absence d'unité de point de vue, elle se résume à un empilage de scènes censées relancer l'action et  rythmer l'ensemble. Le problème, c'est qu'elle provoque un véritable ennui – fâcheux pour un thriller....

Et la mise en scène, dans tout ça ? Hormis un prologue muet et haletant filmée du point de vue d'un sniper, et une course-poursuite en automobile nocturne, malheureusement ruinée par une blagounette finale, elle ne prend aucun risque, se contentant d'enregistrer un programme bien mal ficelé à l'étape du scénario. Etonnant de la part de Christopher McQuarrie, dont le jouissif néo-polar The way of the gun avec Ryan Philippe, Benicio del Toro et James Caan avait laissé un très bon souvenir. Et dont le travail de scénariste orfèvre (Usual suspects, Walkyrie) laissait augurer une intrigue au moins bien ficelée, au mieux sophistiquée, alambiquée et haletante.

N'est pas Fincher ou NWR qui veut...

Et pourtant on voyait bien l'intérêt initial du projet Jack Reacher : outre qu'il permettait d'offrir à l'acteur une nouvelle franchise très populaire aux Etats-Unis, il visait à revisiter et moderniser le bon vieux polar paranoïaque des 70's, avec pour protagoniste un badass lointainement inspiré de Charles Bronson ou de Eastwood, le tout émaillé de scènes d'actions spectaculaires, filmées à l'ancienne, en vrai, dans le dur, sans recours au numérique. Ne peut pas se permettre Zodiac, Drive, ou même Argo qui veut...
Travis Brickle

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