jeudi 3 avril 2014

Tom à la ferme : Xavier Dolan en crise de maturité


En salles : Tom, un jeune publicitaire de Montréal, part à la campagne assister à l’enterrement de son petit ami. Une fois sur place, il découvre une histoire familiale truffée de mensonges et de faux-semblants, dans laquelle il se voit obligé de jouer un rôle. Surprenant, le nouveau film du petit prodige québécois Xavier Dolan rompt brutalement avec son esthétique pop. Mais dans Tom à la ferme, pas de fioritures ni de surenchère. Avec ce drame psychologique, le réalisateur n’est pas en terrain conquis : peur, enfermement, manipulation... en alliant la thématique du genre avec les rapports de force, il signe un film plus mûr que ses précédents succès. 

   
"M’éloigner de mes zones de confort"

A vingt ans, Xavier Dolan remporte trois prix à la Quinzaine des Réalisateurs du Festival de Cannes pour son premier long-métrage, J’ai tué ma mère. Depuis, le jeune homme est un habitué du Festival, ces deux derniers films (Les Amours Imaginaires et Lawrence Anyways) ayant tous deux été sélectionnés à Un Certain Regard. Après avoir présenté un univers personnel aux couleurs criardes et au montage étonnant, Xavier Dolan affirme sa volonté de s’essayer à un autre cinéma. Loin de son goût pour les métaphores imagées qui le rapproche souvent du clip musical, Tom à la ferme est au contraire un voyage dans le monde rustique de la campagne canadienne, caractérisé par une esthétique sobre. Dans une note sur le film, Dolan affirme avoir voulu "s’éloigner de ses zones de confort", notamment par la relation de force et de pouvoir entre les deux personnages principaux masculins.

"La carte du no exit"

Adapté d’une pièce de théâtre de Marc Michel Bouchard, Tom à la ferme traite avec finesse le thème du deuil, en manipulant avec précaution homosexualité, relation de pouvoirs et remplacement de l’être aimé. Organisée en huis-clos, la pièce de théâtre rend sans peine le malaise ambiant et l’enfermement psychologique du personnage principal. Mais selon Dolan, "il fallait jouer la carte du no exit sans pour autant qu’on se lasse des décors et des personnages". Sortir Tom de la ferme une ou deux fois pour craindre, toujours davantage, qu’il y retourne. Presque toujours fixes, les plans souvent symétriques enferment, contiennent Tom, jusqu’à le contraindre à l’immobilité. Ainsi, l’esthétique horizontale de la campagne, avec comme lignes de forces le ciel et les champs, met bien en valeur la fragilité du personnage, et l’exposition perpétuelle au danger : debout, son corps est la seule ligne verticale. Découpée en ombres chinoises par des jeux de contraste, la frêle silhouette de Tom oscille entre ombre et lumière, en jouant la gamme entière des nuances de clair-obscur.

Mais où est la prise de risque ?


Pas dans l’originalité des plans ou de la mise en scène, on en conviendra. Mais dans le traitement des relations ambiguë entre les personnages, très complexes à rendre à l’écran. En cela, le film témoigne d’une certaine maturité affective. Là où Les Amours imaginaires ne réussissait qu’à suggérer, Tom à la Ferme montre, explique, nuance. Sous-tendue par un malaise ambiant sans cesse alimenté par les personnages, une tension croissante s’installe et perdure...

Dans ce jeu tout en nuances, les acteurs ont la part belle. Souvent filmés en plans rapprochés, on capte la moindre variation de ton. Lise Roy (Les invasions barbares, Denys Arcand), qui figurait également au casting de la pièce de théâtre semble sans cesse en proie à un trouble intérieur, une frustration non avouée. Et une grande nouvelle : Xavier Dolan joue ! Après les personnages autobiographiques auxquels il nous avait habitué, il s’agit ici d’un rôle en chair et en os et d’une importance capitale, la trame narrative du film reposant sur sa complexité.

"Un scénario-éclair pour un tournage en vitesse"

C’est ainsi que Xavier Dolan qualifie son film. Déjà en post-production d’un autre projet (Mommy), le québécois ne perd pas de temps. Mais en définitive, il signe un "film-éclair" très réussi. Si Tom à la ferme n’est pas dans la même veine que ses précédentes réalisations, il ne nécessite pas de justification autobiographique pour paraître authentique.

Anouk
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