Artistes : Immanquablement, évoquer Alan J. Pakula, comme nous l’avons fait le mois dernier, mène tout droit à un autre cinéaste, à la carrière plus discrète, plus indéfinissable : Robert Mulligan. Les deux hommes furent très proches, formant un duo unique dans l’histoire du cinéma, l’un comme réalisateur, l’autre comme producteur – 6 films en 6 ans.
Injustice de l'histoire, son plus gros succès critique et commercial – Un été 42 – a eu tendance à éclipser tout le reste de son œuvre, commencée à la fin des années 50. Ce New-Yorkais pur jus, né en 1925, et décédé en 2008, ex-journaliste, a été formé à la télévision – comme John Frankenheimer ou Sidney Lumet. Il y signe notamment une adaptation de David Copperfield et un biopic consacré à Gauguin. Pourtant, tout au long de son œuvre, il a marqué de son empreinte son attention pour le monde de l’enfance et son antagonisme avec celui des adultes ; ou bien pour le passé, souvent nostalgique ou valeur refuge ; enfin, son sens de l’espace en font un véritable peintre de l’Americana, qu’elle soit rurale ou urbaine.
Parfois jugé avec condescendance – "honnête cinéaste", "artisan du cinéma" – il n’a pas l’aura et la flamboyance d’un Sidney Pollack ou la verve d’un Sidney Lumet. Pour Bertrand Tavernier et Jean-Pierre Coursodon, Mulligan est "de tous les jeunes réalisateurs (américains des années 60) l’un des plus constants, des plus personnels, des plus fidèles à lui-même". Pourtant son œuvre recèle de très belles pépites. Passage en revue.