Directeur de la société de distribution Les Acacias, Jean-Fabrice Janaudy s'est rendu au Festival de Cannes 2026 pour "défendre" quatre films de patrimoine. Dans le cadre de notre Questionnaire cannois (découvrez toutes nos interviews), il a évoqué un premier festival à l'arrache, une montée des marches avec Wang Bing et une brochette avec Brad Pitt.
Il est des films que l'histoire du cinéma a laissé de côté, sans raison valable. Les Mauvais coups, premier long métrage de François Leterrier sorti en 1961, en est l'exemple parfait : une œuvre âpre, troublante, dominée par une Simone Signoret au sommet de son art, qui ressort aujourd'hui dans une version restaurée par Pathé.
En salles (le 21 septembre) : Avec Dans L'Ombre de Goya par Jean-Claude Carrière, le cinéaste José Luis López Linares et le producteur Stéphane Sorlat nous convient à un voyage. Un voyage dans l'art, dans le temps et dans les souvenirs d'un guide et conteur exceptionnel.
Buzz : Bienvenue à la saison 5 de notreQuestionnaire cannois (découvrez nos interviews) ! Le principe : Cineblogywood soumet à des professionnels du cinéma douze questions sur leur Festival de Cannes. Premier rendez-vous avec Gérald Duchaussoy, assistant de Thierry Frémaux à Cannes Classics. Où il est question de jogging, de Chesterfield Light et de Mario Bava.
Buzz : Après les voyages de Martin Scorsese à travers les cinémas américain et italien, voici celui de son double et comparse Bertrand Tavernier, dans un documentaire intitulé Voyage à travers le cinéma français. et projeté au Festival de Cannes 2016, dans le cadre de Cannes Classics.
Artistes : 50 ans déjà. Un Homme et une femme, ex aequo avec Ces messieurs dames, de Pietro Germi, décrochait la Palme d’Or du jury présidé par Sophie Loren. Le début de la gloire pour son réalisateur Claude Lelouch. Projeté dans une version restaurée au Festival de Cannes 2016, dans le cadre de Cannes Classics, le film nous a donné envie de recueillir le témoignage d’un de ses protagonistes principaux. Non, il ne s‘agit ni de Jean-Louis Trintignant, ni d’Anouk Aimée. Mais d’Antoine Sire. Alors âgé de 5 ans, il incarne – ou plutôt joue – le fils de Jean-Louis Trintignant. Souvenirs.
Comment vous êtes-vous retrouvé impliqué à Un Homme et une femme ?
Antoine Sire : Je suis le fils de Gérard Sire, grand homme de radio, également scénariste de Jean Yanne, jusqu’à sa mort en 1977. A la base de tout, il y a l’amitié entre mon père et Claude Lelouch, qui étaient extrêmement proches, comme des frères. Du coup, quand Lelouch a entrepris la réalisation d’Un Homme et une femme, il a mobilisé toutes les bonnes volontés. Mon père lui a donc prêté sa voix, sa maison qui a servi pour les scènes de flashback entre Pierre Barouh et Anouk Aimée, et son fils – moi !
Comment se sont-ils connus ?
Au début des années 60, mon père était le principal producteur de scopitones en France. Parmi les réalisateurs qu’il employait, il y avait un jeune homme, Claude Lelouch. Le scopitone marchait très bien, jusqu’à ce qu’arrive la couleur à la TV. Petite anecdote : un jour, Lelouch est arrivé dans le bureau de mon père en lui disant : "Ca fait un moment que tu ne m’as pas payé". "Bah oui, les affaires sont mauvaises." "OK, mais tu roules quand même dans un superbe cabriolet Mercedes rouge !" "Oui, tu as raison : prends la Mercedes, je te la donne !" Donc, Lelouch, qui en était à ses tout débuts, est parti avec sa voiture, qui est devenue son porte-bonheur. Quand il devait signer des contrats importants, dont celui d’Un Homme et une femme, il le faisait dans la Mercedes qui était bien plus présentable que ses bureaux !
Une amitié qui s’est prolongée dans le cinéma...
Oui, mon père apparaît dans quasiment tous ses films avant Un Homme et une femme, et tous ceux qu’a réalisés Lelouch jusqu’en 1977. Par exemple, il joue le rôle du procureur qui se fait kidnapper dans L’Aventure, c’est l’aventure. Dans Un Homme et une femme, il est très présent, mais vocalement : c’est lui qui annonce de manière les permanentes les nouvelles à la radio, notamment celles concernant le rallye de Monte-Carlo.
Quel âge aviez-vous ?
J’avais 5 ans et demi.
Quels souvenirs conservez-vous du tournage ?
J’arrive sur le tournage accompagné par ma mère. J’étais très content car j’avais une petite sœur dans le film, Souad Amidou, alors qu’à l’époque, j’étais fils unique. J’ai eu des frères par la suite. J’étais donc très content ! Et puis il y avait Lelouch. C’était lui le patron, impressionnant, mais il avait aussi quelque chose de paternel. Lelouch, je le voyais à la maison, comme un des meilleurs amis de mon père. L’avoir sur le tournage, c’était comme avoir un prolongement de mon père. S’est ajouté à cela le fait que Jean-Louis Trintignant qui jouait le rôle de mon père dans le film s’est également très bien pris au jeu ! Il s’est beaucoup amusé dans ce rôle, notamment dans les premières scènes du film : "Antoine, au karting ! Non, Antoine, au golf !" et quand il me met en situation de conduire la Ford Mustang, on voit qu’il s’amuse. Trintignant a mis du charisme paternel au service de son rôle non seulement pour jouer son rôle, mais pour que le gamin qui joue son fils se sente totalement à l’aise. J’ai encore le souvenir de son attitude très enveloppante et très paternelle.
Tourner un film devait constituer quelque chose d’exceptionnel pour un enfant, non ?
En fait, comme mon père était également scénariste, producteur, assister à un tournage pour moi faisait partie des circonstances normales de l’existence ! Et d’ailleurs, tout en ayant compris que cela constituait du travail pour les adultes, je voyais bien qu’ils s’amusaient en travaillant. A l’origine d’une idée qui ne m’a jamais quittée depuis : le travail doit être quelque chose d’amusant. Quand je demandais à mon père ce qu’il allait faire, il me disait : "Je vais m’amuser, je vais travailler".
Quels sont vos autres souvenirs de tournage ?
J’ai un souvenir très vague d’avoir assisté à des séances de visionnage de rush pendant le tournage à Deauville. Sinon, je me souviens étonnamment bien de la scène où on embarque sur un chalutier. J’ai longtemps gardé en mémoire l’image de notre présence à bord de ce chalutier.
Et Cannes ?
Je n’y étais pas, j’étais à l’école. Quand le film a décroché la Palme d’Or, on m’a expliqué de quoi il s’agissait. Autant je me souviens de la jubilation du tournage, autant je n’ai aucun souvenir de Cannes.
Quel impact ce film a-t-il eu sur votre parcours ultérieur ?
Ce film a un truc étonnant : mes grandes passions dans la vie, ce sont les voitures et le cinéma. C’est donc un film fondateur pour moi, sans que je m’en sois aperçu sur le moment. Jean-Louis Trintignant dit dans le film "Antoine, au karting !", et moi, j’ai gagné un championnat d’Europe de karting ! Les voitures des années 50-60, c’est devenu ma passion. Je roule encore à Montlhéry dans des voitures automobiles de cette époque. C’est ma passion !
Vous revoyez le film ?
Oui, je l’ai revu 6 ou 7 fois. Avec le temps, je suis devenu passionné de cinéma. Ce film, comme plusieurs Lelouch de cette époque – L’Aventure, c’est l’aventure, Le Voyou notamment – sont des films qui ont apporté beaucoup au cinéma français. Ayant consacré ma passion au cinéma, j’ai donc été amené à le revoir plusieurs fois à ce titre. Autre composante : ma passion pour les voitures de course m’a permis de m’intéresser de près au sujet. J’ai écrit un gros article sur les voitures de course au cinéma.
Quand Claude Lelouch vous appelle pour Un Homme et une femme 20 ans après, quelle est votre réaction ?
J’accepte la proposition de Lelouch très volontiers, mais comme une expérience unique, une parenthèse dans ma vie professionnelle. Mon père est mort en 1977. J’avais donc 16 ans. A l’époque, je faisais aussi des courses de hors-bord. J’ai été champion de France dans ce sport. Et ça se retrouve dans le film ! Dans Un Homme et une femme 20 ans après, il y a des scènes de courses de hors-bord sur la Seine, car Lelouch s’est adapté à un sport que je pratiquais réellement.
Une partie du tournage s’est effectuée dans le désert du Ténéré, avec Thierry Sabine, que je connaissais parce qu’il organisait aussi des courses de hors-bord. De cette expérience, je garde le fait d’avoir partagé avec Thierry Sabine ses derniers instants dans le désert avant son fatal Paris-Dakar. Nous sommes alors en novembre 1985, et il meurt deux mois plus tard. Et Sabine m’a fait écouter dans sa voiture la maquette de L’Aziza de Balavoine qui n’était pas encore sortie et que Balavoine lui avait donnée. Et découvrir la dépêche AFP annonçant la mort de Balavoine et Sabine a constitué l’un des plus gros chocs de ma vie...
Vous êtes resté en contact avec Lelouch ?
Oui. J’ai vu son dernier film, que je trouve très bien, dans lequel il se régénère. Il est désormais essentiel dans l’histoire du cinéma français. On ne peut plus faire une histoire du cinéma français sans comprendre à quel point Lelouch a été très important. Evidemment, à l’époque, il y avait une forte mise en avant de la Nouvelle Vague. Lelouch était parallèle à ce mouvement. Avec ses premiers films, Lelouch avait du mal à trouver des distributeurs. Même s’il avait été repéré par quelques critiques. Un Homme et une femme est son premier film correctement distribué. Et qui a sauvé sa carrière.
Il est étonnant qu’i n’ait pas déclenché chez vous de vocation d’acteur...
Buzz : Fondateur de Lost Films, Marc Olry distribue des pépites cinématographiques oubliées. Tel Seconds, projeté au cinéma de la plage, au Festival de Cannes, en 2014. Cette fois-ci, Marc vient présenter en compétition officielle à Cannes Classics Close Encounters with Vilmos Zsigmond, réalisé par Pierre Filmon. Nous lui avons donc soumis notreQuestionnaire cannois (découvrez nos interviews). Où il est question d'une rencontre miraculeuse, de badges et de cartes postales.
A la TV : Grand visionnaire, génie du cinéma et référence absolue de bon nombre de réalisateurs, Orson Welles aurait eu 100 ans cette année. Présenté à Cannes Classics, This Is Orson Welles de Clara et Julia Kuperberg (réalistarices deLos Angeles Cité du Film Noir), le documentaire qui lui est consacré, s’attache à montrer une facette peu connue du personnage : celle d’un homme très drôle, à la fois cynique et d’une désarmante lucidité lorsqu’il fut amené à se pencher sur sa carrière. Un homme qui passa sa vie à faire ce qu’il aimait par-dessus tout, envers et contre tout, jusqu’à son dernier souffle : du cinéma.
Martin Scorsese, sa fille Chris Welles ou encore ses amis, Peter Bogdanovich et Henry Jaglom, livrent avec émotion et admiration bon nombre d’anecdotes. Les réalisatrices Clara et Julia Kuperberg nous en dévoilent un peu plus sur le mythe Orson Welles, leur passion pour le cinéma américain, les icônes hollywoodiennes et leurs projets à venir.
Artistes : Le Festival de Cannes2015 a rendu hommage à l'immense Orson Welles. Le cinéaste s'est retrouvé à plusieurs reprises en compétition à Cannes. Dans le cadre d'une série d'entretiens avec Henry Jaglom, regroupés dans l'excellent En tête à tête avec Orson (éditions Robert Laffont), Welles revient sur son expérience cannoise. Et il n'est pas tendre ! Extrait.
"Les gens de Cannes sont pratiquement mes esclaves. Mais si c'est évitable, j'aimerais ne pas y être invité par eux. Je les laisserai prendre en charge ma note d'hôtel tant que ça n'engage à rien.
Buzz : Cannes classics, c'est l'occasion de voir ou revoir des films qui ont marqué le 7e art. Dimanche soir, on projetait La Reine Margot de Patrice Chéreau - prix du jury et d'interprétation féminine (Isabelle Adjani) au Festival de Cannes 1994. Une tranche d'Histoire de France sur les ravages de la Saint-Barthélémy qui opposèrent catholiques et protestants. Pour le 20e anniversaire de sa sortie, Pathé a restauré le film en résolution 4K. Quelques modifications de montage ont été effectuées, avec des images réintégrées et une bande-son adaptée à la projection numérique.
La projection s'est déroulée en présence du comédien Vincent Perez, de la scénariste Danièle Thompson, de Thomas Langmann, dont le père Claude Berri avait produit le film, et de plusieurs membres de l'équipe technique. Le réalisateur de The Artist, Michel Hazanavicius, était aussi présent (découvrez d'autres photos ci-dessous).