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vendredi 17 août 2018

A Fleur de peau : Soderbergh s'attaque au polar avec style

En DVD et Blu-ray : Belle initiative d'Elephant Films, qui propose dans un combo Blu-ray-DVD A Fleur de peau (The Underneath, 1996) de Steven Soderbergh et Pour toi j'ai tué (Criss Cross, 1949) de Robert Siodmak. Deux excellents films noirs adaptés du même polar.



L'ouvrage en question s'appelle Criss Cross (1935) et a été publié en France dans la prestigieuse Série noire sous le titre Tous des vendus ! Son auteur, Don Tracy, est le sujet d'un bonus intéressant dans lequel François Guérif, éditeur et expert ès-polar, revient sur la vie et l'oeuvre du romancier. Une oeuvre peu transposée à l'écran, sauf Criss Cross donc. De quoi s'agit-il ? D'un triangle où la passion va aboutir au crime. Concentrons-nous sur A Fleur de peau (lire ici notre critique de Pour toi j'ai tué).

Film noir, vert, bleu...

De retour dans sa ville natale, Michael Chambers retrouve sa mère, qui est en passe de se remarier, et son frère, policier. Alors que son futur beau-père lui trouve un job d'agent de sécurité, Michael tente de renouer avec son ex-petite amie Rachel, désormais en couple avec Tommy Dundee, un patron de bar menaçant. Voilà. En dire plus serait criminel, surtout lorsqu'il s'agit d'un polar. Un film noir, plus précisément, même si ce dernier est en couleurs. Et quelles couleurs ! Elephant Films nous propose une version magnifiquement restaurée dans laquelle les choix esthétiques de Steven Soderbergh prennent tout leur sens. Le cinéaste joue en effet avec des vitres teintées et des éclairages colorés. D'où de multiples plans entièrement verts, bleus ou baignés dans une lumière rouge, qui donnent autant un style au film qu'ils renseignent sur la psychologie des personnages et leur situation.




Autre choix fort du cinéaste : les constants allers-retours dans le temps, qui dévoilent progressivement l'histoire de Michael Chambers, son départ précipité de sa ville natale, sa relation passionnelle avec Rachel. Enfin, Soderbergh impose un rythme lent, fractionné donc, avec des plans qui durent juste ce qu'il faut pour finir d'établir une atmosphère empreinte d'étrangeté et de mystère. Idem pour les cadrages, notamment le recours à des gros plans du personnage au premier plan associés à un personnage "net" au second plan. Tout cela évoque Alfred Hitchcock et Brian De Palma. 


Ce film noir d'auteur est interprété par des acteurs très convaincants. Dans le rôle de Michael Chambers, Peter Gallagher (déjà employé par Soderbergh dans Sexe, mensonges et vidéo) apporte certes sa belle gueule mais aussi un petit quelque chose de vicieux, qui ajoute de la profondeur à son personnage. Même ambiguïté chez Alison Elliott (Rachel), mi-victime, mi-femme fatale, tandis que William Fichtner (qui me fait toujours penser à Michael Bay) excelle dans le rôle du sale type. Cela fait plaisir de retrouver également au générique Joe Don Baker (le tueur dans Tuez Charley Varrick !), Paul Dooley, Shelley Duvall et Elisabeth Shue (Karaté Kid, Leaving Las Vegas).

A Fleur de peau est plus qu'un brillant exercice de style. C'est un film noir très réussi. 

Anderton

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