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mardi 2 mars 2021

Lovecraft Country : l'horreur au temps de la ségrégation

Lovecraft Country Blu-ray CINEBLOGYWOOD

En DVD et Blu-ray : Lovecraft Country est sans conteste la série injustement oubliée aux Golden Globes 2021. Une seule nomination, zéro récompense. L'American Film Institute en a pourtant fait l'une des dix séries de l'année 2020 à ne pas manquer. Disponible en coffret vidéo, cette production HBO développée par Misha Green et coproduite notamment par Jordan Peele et J.J. Abrams nous fait vivre le quotidien d'une famille noire américaine à l'époque de la ségrégation et la plonge au coeur d'une intrigue fantastique. Au programme : des monstres, une secte, des fantômes, de la magie, une chasse au trésor, de la science-fiction... Une grande réussite !


Lecteur assidu de S-F et de romans fantastiques, Atticus Freeman revient à Chicago après avoir combattu en Corée. Accompagné de son oncle George, auteur d'un guide de voyage destiné aux Afro-américains, et de Leti, une amie d'enfance, le jeune homme part à la recherche de son père, porté disparu au coeur de la Nouvelle-Angleterre. Nous sommes dans les années 1950 et le trio s'engage sur les routes d'une Amérique où le racisme est vivace, même dans les Etats du Nord. A ce danger permanent, s'ajoutent bientôt de nouvelles menaces... monstrueuses.

Adaptée du best-seller de Matt Ruff, Lovecraft Country est constituée de dix épisodes conçus comme dix petits films aux univers marqués et abordant chacun un genre : horreur, aventure, science-fiction. Et le tout, en rendant hommage à des classiques comme Evil Dead, les Goonies, Harry Potter ou Indiana Jones. Idée géniale que d'aborder l'époque de la ségrégation, d'en montrer toute la cruauté et l'injustice, tout en l'associant à l'apparition de phénomènes paranormaux. Pour la famille Freeman, le danger est multiple et permanent. Mais, loin d'être relégués au rang de victimes passives d'un système inique (comme trop souvent dans les productions hollywoodiennes), les Freeman résistent, se battent et mettent à profit leurs connaissances, littéraires, historiques ou scientifiques. Leurs passions, leur désir, leurs ébats sont filmés sans fard.

Sans clichés mais avec du gore

On est bien loin des clichés ou des personnages unidimensionnels. Les imperfections, les failles, les contradictions de chacun sont exposées. Formidable casting réunissant Jonathan Majors, Jurnee Smollett, Abbey Lee, Wunmi Mosaku (Fearless) et Michael K. Williams (The Wire). Toutes les formes d'oppression sont abordées : le racisme bien sûr, mais aussi l'homophobie ou l'oppression faite aux femmes. La force de Lovecraft Country est de délivrer ce message, ou plutôt ces messages, tout en faisant vibrer les spectateurs. Et en leur faisant peur. Très peur.

HBO a une fois de plus mis les moyens. La photo met en valeur la superbe reconstitution d'époque (années 1950 et 1920), avec des décors réels ou en studios, souvent grandioses, dans lesquels évoluent parfois des centaines de figurants. La série revisite ainsi le massacre raciste de Tulsa... comme Watchmen (l'idée d'un possible crossover est d'ailleurs alléchante). Les effets spéciaux très réussis, associant digital et latex, contribuent à rendre vivants et flippants les nombreux monstres qui surgissent au coeur de la nuit, dans des forêts brumeuses ou au sein de bâtisses inquiétantes. Et quand les créatures montrent les crocs, elles s'en servent, déchiquetant les chairs, arrachant les membres. Rien ne nous est épargné. Les amateurs de gore y trouvent leur compte.

La bande son étonne et détonne. Le score de Laura Karpman et Raphael Saadiq accompagne parfois des discours ou extraits d'interviews (de James Baldwin, notamment) et laisse aussi la place à des morceaux contemporains, hip hop ou pop. Il fallait oser associer les funérailles d'un jeune Noir torturé à mort par des Blancs avec le Cruel Summer de Bananarama !

Le coffret édité par HBO/Warner intègre une demi-douzaine de bonus qui reviennent sur l'ambition du show, le soin apporté aux décors, aux costumes et à la reconstitution de l'ambiance de chaque époque, son tournage, la présentation des personnages. Bonne nouvelle : Misha Green travaille sur une deuxième saison.

Anderton 

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