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vendredi 25 juin 2021

Zack Snyder's Justice League : la vision épique et sombre d'une Super Iliade

Zack Snyder's Justice League blu-ray CINEBLOGYWOOD

En Blu-ray et DVD : Les fans l'ont réclamé, Warner l'a fait. Le studio a permis à Zack Snyder de sortir sa version (director's cut) de Justice League (2017). Soit quatre heures d'une saga épique et grandiose, à l'image des super-héros qui s'associent pour sauver la Terre : Batman, Wonder Woman, Flash, Cyborg, Aquaman... et Superman, qui avait pourtant été enterré dans Superman v Batman L'Aube de la justice (2016). 
Certes, j'arrive un peu après la bataille (et quelle bataille !) mais la SnyderCut, qui n'avait été disponible que sur les plateformes fin mars, est désormais disponible en Blu-ray chez Warner Home Entertainment, sur deux disques (durée oblige).


Le tournage de Justice League avait été un chaos - différends artistiques entre Zack Snyder et les studios execs puis surtout, le suicide d'Autumn, la fille du cinéaste. Il avait alors quitté la production, tout comme son épouse Deborah, également productrice du film, et c'est Joss Whedon qui avait repris le projet en mains, modifiant le scénario et tournant de nouvelles séquences (lire l'article de Vanity Fair). D'où à l'arrivée un film bancal au succès mitigé. Mais les fans s'en sont mêlés et la campagne en faveur de la version de Snyder (#SnyderCut) a porté ses fruits. Zack a donc pu proposer sa vision, celle qui avait soutenu le développement de cette fresque quasi-mythologique.

Sombres héros

Cette version de quatre heures permet à Snyder de détailler le cheminement moral et le destin des six héros. Lesquels sont tous confrontés à la perte d'êtres aimés et à une forme d'exil. Qu'ils apprennent à gérer leur super-pouvoir (Flash) ou qu'ils rechignent à assumer leurs responsabilités (Aquaman, Cyborg), les justiciers ont du mal à trouver leur place au sein de la société. Sous l'égide de Batman et Wonder Woman, se crée une ligue du bien pour faire face à un risque cataclysmique.

On ressent la souffrance des super-héros (mais aussi celle de leur ennemi Steppenwolf, qui cherche à regagner la confiance de son maître Darkseid), leur regard désabusé, voire franchement nihiliste sur le monde et surtout sur l'avenir. Un avenir apocalyptique que l'on entrevoit lors de flashforwards déconcertants mais qui laissent imaginer une alléchante suite (Snyder laisse planer la possibilité, en tout cas il a exprimé son intérêt, relève DigitalSpy). A l'instar de son affiche, Justice League est un film résolument sombre, même s'il est traversé ici ou là de répliques ou de situations parfois plus légères.

Super Iliade en slomo

La SnyderCut nous fait partager les émois de chacun. Et à ce titre, les comédiens sont justes, je trouve. D'ailleurs, quel casting ! Ben Affleck, Gal Gadot, Henry Cavill, Ray Fisher, Jason Momoa, Ezra Miller, Jeremy Irons, Willem Defoe, Ciaran Hinds, Amber Heard, Jesse Eisenberg, Billy Crudup, Jared Leto... Ouf ! Cette director's cut permet également de donner le temps aux séquences de se développer à leur rythme, à savoir celui d'une geste qui nous raconte le destin de personnages extraordinaires. Pour Snyder, ces surhommes sont des dieux et leurs combats, hors du commun. Il se plait à filmer leurs corps parfaits (il s'en explique dans un court bonus), à insister sur leurs performances incroyables et le choc de leurs affrontements grâce à ce qui est devenu sa marque de fabrique, ces ralentis incroyablement détaillés qui étendent l'action et en révèlent toute la complexité mais aussi la beauté. Certains critiques reprochent à Snyder d'abuser de ces effets. Je pense qu'au contraire, ils participent à mythifier les personnages et leurs combats - ce faisant, le cinéaste s'inscrit dans une tradition qui remonte à Homère. 

Par ailleurs, le ralenti ramène le film au support qu'il adapte : la bande dessinée. Chaque scène de slow motion fait penser à une case de comic book, à la fois figée dans le temps et dynamique. Le lecteur de comics - et Snyder en est un, passionné - garde en lui des cases iconiques dans lesquelles le personnage apparaît bigger than life, immortalisé dans un mouvement hypnotique, comme dans un ballet. D'ailleurs, Zack multiplie les hommages et les références à l'univers sur papier de DC Comics ainsi qu'à certains de ses talents les plus notables. On pense évidemment à Frank Miller et Alex Ross.

Fils de pub

La mise en scène de Snyder en fait ricaner certains, qui la trouvent trop emphatique, voire pompeuse. Le cinéaste est parfois accusé d'avoir le style d'un pubard. Mais après tout, c'était les mêmes critiques qui étaient adressées à Ridley et Tony Scott ou Alan Parker. Lesquels, tout comme Snyder, avaient en effet beaucoup oeuvré dans la réclame audiovisuelle (et le clip, pour Zack). Personnellement, cette esthétique soignée à l'extrême ne m'a jamais dérangé, bien au contraire. Certes, l'association plans léchés et chanson en fond sonore peut effectivement virer au clip. Et Snyder a parfois fait quelques associations pas toujours très fines mais ici, je trouve qu'il s'en sort bien.

Il y a beaucoup de séquences marquantes dans Justice League, de plans qui restent gravés dans nos rétines, de tours de force visuels. Je crois que les amateurs de comics, dont je fais partie, comprennent et apprécient la démarche de Snyder. C'est tout à l'honneur de Warner, au-delà du conflit intervenu en cours de production, d'avoir pu lui permettre d'aller jusqu'au bout de sa vision créative. 

Anderton

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