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mardi 22 janvier 2013

L’Ivresse de l’argent : sexe, pouvoir et corruption


En salles : Et de 5 ! Décidément, un quasi sans faute pour Im Sang-soo. Après Une femme coréenne, The President's last bang, Le vieux jardin (dont nous avions parlé ici) et The Housemaid, le cinéaste coréen continue à gratter les plaies de la société coréenne. Cette fois-ci, il vise la grande bourgeoisie industrielle coréenne, enrichie rapidement après l’effondrement de la dictature militaire.

 
La passe de 5 pour Im Sang-soo

Si l’intrigue semble un peu convenue – ascension à coups de d’humiliations et compromissions d’un – jeune - homme à tout faire dans une richissime famille totalement pervertie par le sexe et l’argent– et se suit sans ennui, mais sans passion, on reste bluffé par la mise en scène du cinéaste : lents travellings langoureux à travers une somptueuse villa, composition de l’image, lumière feutrée, recherche de la profondeur de champ et des longues distances. Bref, à travers un style ébouriffant et cohérent, il parvient à son objectif : dénoncer la cupidité et l’arrivisme.

Cougar made in Korea

Ce faisant, il s’attaque à un autre aspect : la glaciation des corps et des sentiments. A partir d’une thématique qui le rapproche d’Antonioni, le film compile une série de coïts et de scènes de sexe dominées par un seul sentiment : la chair est triste. Et culmine avec l’accouplement de la maîtresse des lieux, une véritable cougar made in Korea, avec ce jeune ambitieux, perdu au milieu de ce monde de névrosés : un père de famille qui couche avec la nounou, une héritière nymphomane, un héritier davantage porté sur les masseuses que sur les comptes de sa société….

Glaciation des corps et des sentiments

Même si on peut lui reprocher une certaine fascination pour ce qu’il dénonce, on ne s’en désintéresse jamais. Esthétiquement, d’abord – la fascination des corps et des lieux s’exerçant à plein sur le spectateur ! – et grâce au scénario, qui ménage scènes de suspense, de dérision et de critique sociale. Voire de gore, dans une scène finale absolument stupéfiante de zénitude dans cet univers froid comme la mort.

Bientôt l’Europe – ça promet !


Bref, si vous n’avez pas encore vu de film d’Im Sang-soo, courez-y. Quant aux autres, même si vous risquez d’être un peu déçu par des effets de redite, vous contemplerez avec admiration la cohérence de son dernier opus avec le reste de son œuvre. Mais qu’on se le dise : le cinéaste coréen nous a avertis en conférence de presse à Cannes – où le film fut présenté en compétition officielle en 2012 – « Aujourd’hui, j’ai envie de ne plus m’attaquer seulement à la société coréenne, mais aux Européens également. » – ça promet !
Travis Brickle

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