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mardi 8 janvier 2013

Rétro Luigi Comencini, cinéaste humaniste et exigeant


Artistes : Il y a quelques mois, nous avions évoqué ici même la sortie DVD du chef-d’œuvre de Luigi Comencini, L’Incompris, pour regretter dans le même temps son relatif oubli. Souvent considéré à tort comme le cinéaste de l’enfance – tendance Dickens plutôt qu’Enid Blyton – le cinéaste italien est également le portraitiste sans concession de l’Italie de l’après-guerre. Mais à la différence de Dino Risi ou Scola, c’est avec une certaine tendresse que sa caméra se porte sur les délaissés et les privilégiés de cette période. Marque d’un cinéaste sensible, humaniste et exigeant, au-delà de tout engagement politique.

Grâce à la Cinémathèque, retour du 9 janvier au 3 mars sur l’intégrale d’un cinéaste discret, à redécouvrir dare-dare. Focus parfaitement subjectif en 10 films :

Pain, Amour et fantaisie (1953) : extrêmement oppulaire en Italie, l’une des 1ères comédies de l’après néo-réalisme. A donné lieu à de très nombreuses suites. A un peu vieilli ? A vérifier.

La Grande pagaille (1960) : farce, drame, film de guerre, une épopée rocambolesque à travers l’Italie pendant la déroute de 1943. Irrésistible, avec un Alberto Sordi, qu’il retrouvera à de très nombreuses reprises.


L’Incompris (1967) : massacré lors de sa présentation à Cannes, redécouvert 10 ans plus tard lors de sa réédition en France sous les auspices de Simon Misrahi, un superbe mélo familial. Désormais un classique. Inratable.

L’Argent de la vieille (1972) : son film le plus célèbre, à juste titre. Un conte acide sur les rapports sociaux entre riches et pauvres, sublimés par le quatuor Bette Davis-Joseph Cotten d’un côté, Alberto Sordi-Silvana Mangano de l’autre. Un sommet de la comédie italienne.

Les Aventures de Pinocchio (1973) :
le classique de la littérature italienne, d’abord série TV, puis remonté pour une sortie en salles en France. Seul lui pouvait adapter avec autant d’inventivité et de finesse ce chef-d’œuvre. Et puis, Gina Lollobrigida en fée… aaaahhh !!

La Femme du Dimanche (1975) :
seule incursion de Comencini dans le polar, située dans la grande bourgeoisie milanaise. Une intrigue que n’aurait pas reniée un Paul Schrader. Trio sulfureux Bisset-Mastroianni-Trintignant.

Le Grand Embouteillage (1979) : un casting hallucinant – Sordi, Mastroianni, Girardot, Rey, Dewaere, Depardieu, Miou-Miou – pour une parabole sur les impasses de la société italienne post-68. Comme si Antonioni avait fait une comédie. Son chef-d’œuvre ?

Eugenio (1980) :
là encore, les impasses de la jeunesse italienne post-68 vue à travers les yeux d’un enfant issu de cette génération. Une très sensible peinture, dépouillée de toute couleur politique. Une œuvre rare à redécouvrir.

La Bohème (1989) : incursion du cinéaste dans l’opéra, produit par Daniel Toscan du Plantier. Surprise : le cinéaste n’y perd pas son âme, - au contraire, il se revivifie au contact de Puccini

Joyeux Noël, bonne année (1989) : deux retraités obligés de se séparer pour subvenir à leur existence. Joyau méconnu de la comédie italienne, porté par le couple Serrault-Lisi, irrésistible et tendre.

Et pour la route, je rajouterais Qui a tué le chat (1979), sorte de polar-farce acide qui a pour cadre unique un immeuble de locataires. Drôle, satirique, une comédie à part dans la carrière du cinéaste.

Travis Bickle
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