lundi 21 janvier 2013

Django : une icône du western spaghetti


En salles et en DVD : Chaque nouveau film de Quentin Tarantino a au moins un mérite : passer un coup de projecteur sur un genre ou un acteur mal reconnus, un peu oubliés, délaissés par la critique officielle. Cette fois-ci, avec son Django Unchained, focus sur le western spaghetti, avec Django, western devenu culte avec le temps, et qui ressort ces jours-ci, dans une copie numérique restaurée, grâce à Carlotta, ainsi qu'en DVD, chez Wild Side.



Sadisme et cruauté


Quand on évoque western spaghetti, on pense 9 fois sur 10 à Sergio Leone : sa dimension picaresque et opératique, ses gros plans, ses personnages mutiques, sans foi ni loi.... Avec Django, c'est une autre dimension à laquelle on accède : une veine cruelle, sadique, voire irréelle, qui dépeint un Ouest transfiguré, et qui ouvrira la voie à Sam Peckinpah. Oreille arrachée, femme fouettée, pugilat féminin dans la boue, mains massacrées, l'Ouest de Corbucci n'a rien à voir avec les plaines désertées reconstituées een Andalousie par Sergio Leone. Pire : c'est un univers sans foi ni loi, dominé par l'argent et la cruauté. Ce qui confère tout la saveur d'un film que seul un Tarantino peut se permettre de nos jours de reprendre les codes et les mauvaises manières !

Franco Nero, icône du genre

Personnage iconique du western bis, Django ne serait rien sans son interprète tout aussi iconique, Franco Nero, dont a déjà retracé sur Cineblogywood la très riche carrière. Et qui fait un caméo chez Tarantino, of course... Certes, ses yeux bleus comme l'enfer et sa posture d'ange exterminateur en font un avatar du blondin Clint Eastwood. Pour très vite accéder à une dimension archétypale du cinéma bis : mû par des motifs de vengeance, traînant derrière lui un cercueil dont il dit qu'il contient... Django, jouant les clans les uns contre les autres, c'est un personnage mythique, révélateur d'un Ouest américain dépeint en pleine déliquescence : la guerre de Sécession se poursuit hors, le racisme avec, la cupidité remplace les idéaux, la cruauté y est le seul salut de survie. Il fera l'objet de très nombreuses sequels, sans le brio de ce 1er opus.


Archétypes et iconographie à l'état brut

Car au-delà de la maîtrise formelle dont il fait preuve à chaque plan – définitivement, Django fixe l'iconographie du western spaghetti, que ce soit dans sa dimension sonore, graphique, musicale - Corbucci y introduit une dimension politique. Impossible de ne pas songer au contexte italien du fascisme quand on assiste au combat de la milice extrémiste face aux Mexicains. Et sa dénonciation du racisme entamée avec son précédent western Navajo Joe, qui révéla Burt Reynolds dans le rôle d'un Indien, trouve ici un écrin particulièrement éclatant.

Dimension fantastique

Enfin, western à ligne claire – qui peut se résumer à l'histoire d'une vengeance – Django flirte avec le fantastique. Homme surgi de nulle part, traînant avec lui un cercueil, Django semble revenir d'entre les morts. Et à ce titre, le début de noyade de Django dans les sables mouvants avec son magot constitue une scène particulièrement saisissante, qui mêle dans le même tempo l'ironie à l'effroi.

Bref, un mythe à redécouvrir. Et qui a manifestement infusé dans une grande partie de l'oeuvre de Tarantino : à la scène de l'oreille arrachée à laquelle on assiste dans Django, impossible de ne pas songer au sort de l'oreille du policier découpée par Michael Madsen dans Reservoir Dogs....

Travis Bickle
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