Dossier

lundi 28 septembre 2015

Jean-Louis Trintignant (1/2) : la star boulimique, inconformiste et fidèle - VIDEOS


Artistes : "Vous savez, je suis fatigué. Je vis comme un semi-clandestin." C’est par ces mots que Vincent Quivy, écrivain, voisin, fan de l’acteur, se décida à attaquer la montagne Trintignant. Pour livrer une biographie, intitulée Jean-Louis Trintignant l'inconformiste (Seuil), qui a le mérite de faire la lumière sur toute la carrière de l’acteur. Et qui permet de remettre au jour tout un pan de sa carrière cinéma tombée dans l’oubli – sa période italienne d’avant Le Conformiste ; sa boulimie de tournages dans les années 70 ; son statut de star, quasi équivalent à celui de Belmondo ou Delon ; sa carrière théâtrale, très fournie, et marquée par l’expérience Hamlet ; sur ses expériences de réalisateur ; son charisme, auprès des actrices ; ses engagements politiques ; enfin, son goût pour la poésie, la retraite et la solitude. 

Parfois un peu trop hagiographique, à l’ancienne, qui rappelle les années PAC ou Henri Veyrier, cette biographie s’appuie sur de très nombreux témoignages d’époque, et d’interviews réalisées pour l’occasion. Matériau très complet et passionnant. Moteur sur une carrière riche 130 films, en particulier ses zones les moins connues. C’est pourquoi ne seront évoqués ici qu’allusivement – voire pas du tout ! -  ses films les plus célèbres, Et Dieu créa la femme, Un homme et une femme, Le Conformiste, Ceux qui m’aiment..., Rouge et Amour



Période italienne, d’avant Le Conformiste

De la période italienne de Jean-Louis Trintignant d’avant Le Conformiste, on ne retient souvent, à juste titre, que Le Fanfaron (1962), le chef d’œuvre de Dino Risi avec Vittorio Gassman. Avec parfois Eté violent, de Valerio Zurlini (1959). Pourtant, il tourne également en Italie une dizaine de films à la même époque, et des plus surprenants et curieux : Il successo (1964), avec Gassman, sous la houlette de Mauro Morassi et Dino Risi, qui espère surfer sur le succès du Fanfaron ; Meurtre à l’italienne (1965), film à sketches de Gianni Puccini, dans lequel il joue pour la première fois avec Emmanuelle Riva, 50 ans avant le film de Haneke ; Le cœur aux lèvres (1966), de Tinto Brass, fantaisie pop tournée à Londres, avec une starlette de l’époque, la Suédoire Ewa Aulin ; La mort a pondu un oeuf (1967), de Gianni Questi, fable surréaliste sur les méfaits de l’industrialisation, avec Ewa Aulin et Gina Lollobrigida ; L’Amour à cheval (1968), de Pasquale Festa Campanille, comédie sexy avec Catherine Spaak, interdite aux moins de 18 ans en France ; Disons, un soir à dîner (1969), de Giuseppe Patroni Griffi, avec Annie Girardot, présentée à Cannes en 1969 ; Si douces, si perverses (1970), d’Umberto Lenzi, "épisode un rien poussif et déshabillé de la série américaine Colombo", d’après Vincent Quivy. Surnage dans ce tableau le western-spaghetti culte Le Grand Silence (1968), de Sergio Corbucci, bien qu’il ne le juge incompréhensiblement "pas terrible", comme il le déclare lors d’un hommage que lui rend la Cinémathèque en 2012...

Outre Le Conformiste, il tourne pour Valerio Zurlini en 1976 Le Désert des Tartares, et 3 films avec Scola dans les années 80. Sa période italienne se clôt sur un premier film, de Gianni Amelio, Colpire al cuore (1983), sur les rapports entre un universitaire milanais et son fils adolescent qui découvre les liens qui unissent son père à des activistes. Film, paraît-il merveilleux, mais resté inédit en France en raison de la faillite de la filiale italienne de la Gaumont.


Star boulimique des années 70

On l’a un peu oublié, mais la plupart de ses films cartonnaient au BO : Le Voyou, Le Train, Le Secret, Les Violons du bal, Flic Story, L’Agression culminent au BO. Au point d’être parmi les 5 acteurs français les mieux payés. Ce qui ne l’empêche pas de refuser certains rôles, et pas des moindres, non par cupidité, mais par absence d’envie, et sans aucun regret : Le Dernier tango à Paris, César et Rosalie, L’Aventure c’est l’aventure, Rencontres du 3ème type,  Casanova de Fellini, Apocalypse Now, ou plus près de nous, Nelly et M. Arnaud. Autre titres refusés par l’acteur, ou pour autres raisons : The Servant, de Losey ; Lola, de Jacques Demy ; Les Amants, de Louis Malle ; Mélodie en sous-sol, d’Henri Verneuil. Néanmoins, reste dans sa filmographie quelques titres restés dans l’oubli, et sûrement à réhabiliter : Un homme est mort, de Jacques Deray ; La Course du lièvre à travers les champs, de René Clément ; Les Passagers, de Serge Leroy. La raison ? Certainement une boulimie intense de tournages : il enchaîne les rôles, de manière frénétique, dans la décennie : 7 films en 1969, 4 en 1972, 5 en 1974, 6 en 1975, 3 en 1980 !


Son goût pour les seconds rôles

A partir des années 80, on voit l’acteur dans de saisissants seconds rôles, la plupart du temps, ambigus, manipulateurs, séducteurs et pervers. Mais qui marquent les esprits, souvent bien plus que les films eux-mêmes. Citons, entre autres, ses compositions dans La Banquière, Malevil, Passion d’amour, Rendez-vous, Bunker Palace Hôtel, Merci pour la vie, L’Ex-femme de ma vie.


Coup de pouce à de jeunes cinéastes

Jean-Louis Trintignant donne des coups de pouce à de très nombreux jeunes réalisateurs, alors au début de leur carrière, avec des bonheurs divers. Pêle-mêle, citons Gianni Amelio, Valerio Zurlini, Nadine Trintignant, Michel Drach, Alain Robbe-Grillet, Marcel Bozzuffi, Boramy Tioulong, Clarisse Gabus, Nicolas Ribowski, Régis Wargnier, Nicole Garcia, Jacques Audiard, Alain Centonze, Samuel Benchetrit.


Deux réalisateurs fétiches rares

Dans sa pléthorique filmographie, Jean-Louis Trintignant se montrera particulièrement laudateur et fidèle à deux cinéastes en particulier, Alain Robbe-Grillet et le Suisse Michel Soutter. Il tourne 3 films avec l’écrivain français – Trans-Europ Express (1967), Glissements progressifs du plaisir (1974), Le Jeu avec le feu (1975). "Je ne crois pas que ce soit un grand cinéaste, mais c’était une chance de connaître un type comme lui (...) J’adore Robbe-Grillet, c’est vraiment un des hommes qui m’amuse le plus, c’est un des hommes les plus intelligents, les plus brillants, que je connaisse", déclara-t-il. Quant au cinéaste suisse, Jean-Louis Trintignant l’accompagne pour deux films : L’Escapade (1974), et surtout, Repérages (1978), variation contemporaine sur Trois sœurs, de Tchekov.  Autre Suisse avec lequel il s’entend bien : Alain Tanner (La Vallée fantôme, 1987).


Rendez-vous mardi pour la deuxième partie de notre dossier consacré à Jean-Louis Trintignant.

Travis Bickle

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