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dimanche 11 novembre 2018

Gideon Falls : le Mal à l'oeuvre - COMICS

A lire : Les théories complotistes pointent du doigt tel club, tel groupe, telle communauté unis par des objectifs secrets, visant une domination économique, politique ou religieuse. Et si la seule conspiration était celle du Mal ? Telle est la question au coeur de Gideon Falls, une bande dessinée horrifique associant Jeff Lemire au scénario et Andrea Sorrentino au dessin. 


Deux destins. Dans une métropole nord-américaine, Norton passe son temps à rechercher des morceaux de bois dans les ordures, à la grande incompréhension de la psychiatre qui le suit. Malgré une addiction pour la bouteille, le père Wilfred est quant à lui envoyé à Gideon Falls, une petite bourgade rurale, pour remplacer un pasteur récemment décédé. Une fois sur place, Wilfred est victime d'hallucinations et découvre dans un champ une de ses paroissiennes sauvagement assassinées. Norton, sa psy et le père Wilfred voient chacun apparaître en visions une grange noire qui contamine Gideon Falls de son inquiétante aura.

Dès les premières planches, Jeff Lemire (Sweet Tooth) instaure un climat dérangeant qui met mal à l'aise le lecteur. Les personnalités fragiles, perturbées, de Norton et Wilfred sont rapidement posées. Et pourtant, ce sont les personnages qui réalisent le mieux ce qui est à l'oeuvre à Gideon Falls. Les sourires des paroissiens sont figés dans d'affreux rictus. Nous voici plongés dans un récit glaçant qui évoque un roman de Stephen King : le Mal agit dans l'ombre d'une petite ville apparemment normale et sans histoire.

Planche tirée de la version originale.
L'art d'Andrea Sorrentino (Old Man Logan chez Marvel) contribue également à l'atmosphère malsaine de l'album. Ses cases ressemblent à des reproductions de photos très contrastées, qui auraient été dessinées au crayon à papier gras. Il y a une forme d'urgence dans son dessin. Comme si Sorrentino avait griffonné chaque séquence avec une présence inquiétante dans son dos. Le noir domine. Pas un noir profond, mais "haché". Sa mise en page, très carrée, bascule parfois dans une forme de chaos, pour nous faire partager la stupéfaction des personnages ou la folie des situations. Le travail du coloriste Dave Stewart est remarquable.

Ce premier tome, intitulé La Grange noire, réunit les numéros 1 à 6 du comic book publié aux States. En supplément, Urban Comics nous propose une galerie de couvertures alternatives ainsi que des interview et article sur le duo de créateur et leur oeuvre. Un album addictif.

Anderton

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