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samedi 28 septembre 2019

Prospect : la S-F indie trois étoiles

En DVD et Blu-ray : Ad Astra, Proxima, Apollo 11... l'espace est à l'honneur dans les salles de cinéma. Deux films de (science) fiction et un documentaire qui privilégient une approche réaliste de la vie des astronautes. Idem dans Prospect, un film de S-F indépendant, qui sort en vidéo. Et le résultat est bluffant.



Cee est une adolescente rêveuse, qui écrit son journal intime en regardant les étoiles. A la différence de ses congénères terriennes, Cee se trouve à bord d'un vaisseau spatial. Elle accompagne son père en mission sur une planète verte pour y récolter des gemmes précieuses. Le processus d'extraction est compliqué, ce qui explique la rareté du minerai. Sur place, l'environnement est hostile. Pas d'oxygène mais aussi des prospecteurs prêts à tout pour mettre la main sur le précieux butin.


Sur une trame somme toute assez classique, les jeunes réalisateurs Zeek Earl et Chris Caldwell mettent en scène un western spatial habité par des personnages inquiétants. Ils instaurent tout au long de leur film une atmosphère tendue, lié à l'environnement étouffant de cette planète à la végétation dense et à l'air irrespirable. Le duo a fait le choix de limiter les effets spéciaux au minimum (quelques vues CGI - très bien faites - dans l'espace), privilégiant les décors naturels, à savoir la magnifique forêt d'Olympic Peninsula, dans l'Etat de Washington. Ces enchevêtrements d'arbres recouverts de mousse qui s'extraient d'un sol envahi d'immenses fougères nous transportent ailleurs. Car ce n'est pas une "jungle" qu'on a l'habitude de voir au cinéma.

Ce décor naturel contribue à donner au film une touche réaliste, à laquelle participent pleinement les costumes et l'intérieur du vaisseau. Les combinaisons comme les équipements ont un petit côté rétro, parfois artisanal. L'usure a fait son oeuvre. On y croit à ces forçats inter-galactiques qui vont à la mine pour gagner leur croûte. D'autant que le casting est ambitieux : on y retrouve dans des petits rôles Andre Royo et Anwan Glover (deux acteurs de The Wire) ainsi que Sheila Vand (Argo) tandis que Jay Duplass (The Mindy Project) incarne un paternel comme en apnée, qui enchaîne les petits boulots spatiaux en tenant le coup en se bourrant de drogues. Il considère sa fille comme un partenaire de travail. Pas de sentiments. Cee est jouée par Sophie Thatcher, un premier rôle auquel elle apporte beaucoup de fraîcheur et d'intensité. Et puis, il y a Pedro Pascal. Avec son visage qui rappelle parfois celui de Marlon Brando, il dégage une ambiguïté qui colle parfaitement à son personnage de desperado au langage très littéraire et à la franchise déconcertante. On ne sait pas s'il est un vrai méchant ou un gentil qui a été amené à suivre un mauvais chemin. Son "association" avec Cee fait prendre une tournure intéressante au film. Pedro Pascal semble intéressé par la S-F puisqu'il est au générique de The Mandalorian, la série de l'univers Star Wars réalisée par Jon Favreau.


A l'origine de ce projet, il y avait un court-métrage, Prospect, présenté au Festival SXSW en 2014. Adapté en long-métrage, Prospect a été à nouveau présenté au festival en 2018, où il a remporté le Adam Yauch Hörnblowér Award. Le film, affublé du sous-titre poétique L'Ambre de la lune verte en France, sort en vidéo chez Condor Entertainment. L'éditeur propose trois bonus intéressants : deux scènes coupées inédites, trois analyses de scènes et un making of, qui révèle l'inventivité de Caldwell et Earl qui, pour limiter les coûts, ont rassemblé une petite équipe et transformé un entrepôt en studio. Il y ont tourné les scènes à l'intérieur du vaisseau spatial, créé les costumes et accessoires, préparé les FX... pour un résultat bluffant à l'écran.

Anderton

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