Dossier Super Bowl

vendredi 13 décembre 2019

La Cité de la joie : une restauration de toute beauté

En Blu-ray : Pathé poursuit la restauration de certaines de ses pépites. Cette fois-ci, c'est La Cité de la joie (City of Joy, 1992) qui a fait l'objet d'une splendide restauration 4K. Le film de Roland Joffé avec Patrick Swayze est disponible dans un combo Blu-ray/DVD. 



Adapté du livre de Dominique Lapierre par le scénariste Mark Medoff (Les Enfants du silence), La Cité de la joie nous emmène à Calcutta, où Max, un chirurgien américain, vient se ressourcer. Ou plus exactement, tenter d'oublier l'échec d'une opération qui s'est traduit par la mort d'un jeune patient. A la suite d'une agression sur place, il est soigné par une infirmière britannique qui a ouvert un cabinet de fortune au coeur d'un bidonville. Il y découvre les conditions de vie précaires de milliers de familles, dont celle d'Hazari et Kamla. Alors que Max refuse de pratiquer, il finit par s'impliquer dans le dispensaire et découvre un peuple qui, malgré la misère et la violence, continue d'aborder la vie... avec joie.


Je n'avais jamais vu le film de Roland Joffé, son quatrième après notamment La Déchirure et Mission. Je redoutais le mélo. J'avais tout faux. La Cité de la joie est un très beau film qui dévoile le sort des intouchables, méprisés et exploités, mais sans jamais verser dans le pathos ni se laisser aller à l'affliction. Pas non plus de déluge de bons sentiments ni de vision occidentale condescendante. Les personnages y sont présentés avec toutes les nuances de leur humanité : leur bonté, leur bassesse, leur lâcheté comme leur courage, leurs atermoiements aussi. 

Patrick Swayze joue le rôle principal avec une belle énergie. Son physique avantageux, sa belle gueule, ses cheveux blonds, sa naïveté, toutes ces caractéristiques si américaines, lui permettent d'interpréter un Max très crédible. Il s'avère rapidement touchant, de même qu'Hazari, incarné par Om Puri. L'acteur indien, comme sa partenaire Shabana Azmi dans le rôle de son épouse Kamla, donne beaucoup de dignité à ce fermier qui fuit la misère et tente de faire vivre sa famille déracinée dans une mégalopole chaotique et violente. Puri nous fait ressentir toute l'injustice de ce qui arrive à son personnage mais aussi toute la force de caractère qui l'anime pour déjouer le sort. Pauline Collins joue pour sa part Joan, une sorte de mère Teresa laïque, totalement dévouée et complètement réaliste sur la situation.

A hauteur d'homme

Roland Joffé parvient ainsi à ne pas noyer ses personnages dans le maelstrom d'événements, parfois spectaculaires, qui s'abat sur eux. Pas plus qu'il ne les réduit au rang de figurants au sein de décors impressionnants (naturels ou pas). Il ne les laisse pas dévore par cette ville monstrueuse. Et c'est la grande force du film. Rester à hauteur d'homme. Sans les diaboliser, ni en faire des victimes. La restauration 4K met en valeur la splendide photo signée Peter Biziou (oscarisé pour son travail sur Mississippi Burning). Quant au score d'Ennio Morricone, qui intègre quelques instruments et sonorités locales, il apporte souffle et émotion à des séquences qui en deviennent épiques et bouleversantes.



L'édition proposée par Pathé comprend un long entretien avec Roland Joffé, qui revient sur sa découverte de l'Inde, sa volonté de rendre hommage à ses habitants ainsi que sur les vicissitudes du tournage qui se déroule à Calcutta, dont la mairie communiste voit d'un mauvais oeil la production d'un film sur une misère et une violence qu'elle souhaite cacher. Le cinéaste évoque également ses relations avec Swayze, Puri et Morricone. Un autre supplément montre le travail réalisé sur la restauration tandis qu'un reportage de 1972 nous présente le cinéma indien. Autant de bonus qui rendent indispensable à mes yeux le support physique. 

Anderton    

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