Belmondo : films, anecdotes...

jeudi 26 janvier 2012

Rétrospective Robert Altman à la Cinémathèque : l’Amérique en ligne de mire


Artistes : Robert Altman. Décédé il y a 5 ans, le cinéaste me manque déjà – heureusement qu’il y a les frères Coen ! Ce qui les caractérise ? Une générosité et une ironie dans le regard qu’ils portent sur l’Amérique, ses habitants. Et ses genres. Car outre leur passion pour la musique, ce qui les rapproche, c’est leur volonté de revisiter tous les genres hollywoodiens, du western au thriller, en passant par la screwball comedy et la BD.

Là s’arrête la comparaison. Car Altman a imposé un genre à lui tout seul : le film choral, à vocation satirique et iconoclaste. Ce qui ne l’a pas empêché d’emprunter une voie plus secrète et onirique, afin de sonder la psyché humaine, notamment féminine. Mal aimé dans son pays d’origine, malgré une Palme d’Or obtenue avec MASH (1970), le réalisateur s’exile en Europe après l’échec cinglant de Popeye (1981), avant de revenir en force avec The Player (1993) pour livrer une éblouissante fin de carrière (Short Cuts, Gosford Park).

Focus sur 10 films du cinéaste que célèbre la Cinémathèque depuis le 18 janvier :

John McCabe (1972) : sur une musique composée par Leonard Cohen, un véritable western sous la neige. Qui rend hommage de manière sarcastique et élégiaque aux pionniers de l’Ouest américain. Pensez ! Son héros, barbu, jouisseur, décide d’ouvrir un bordel pour les pionniers. Warren Beatty et Julie Christie, alors en pleine idylle, pour un film magnifié par la lumière de Vilmos Zsigmond.

Trois Femmes (1977) : film onirique totalement unique en son genre, qui ne se compare à rien, pas même à du Bergman. Trois femmes isolées dans un motel perdu au fin fond du désert Mohave californien donne lieu à un spectacle envoûtant et onirique d’inspiration jungienne, dominé par trois figures féminines, incarnations possibles de la trinité père-mère-enfant. Sissy Spacek dans son plus grand rôle – prix d’interprétation à Cannes 1977 pour Shelley Duvall. 


Nashville (1975) :
à la fois portrait de la capitale de la country et peinture d’une primaire présidentielle, Nashville constitue le prototyope le plus réussi du film choral. En s’appuyant sur une galerie de 24 personnages traités sur le même pied d’égalité, le réalisateur dépeint ce qu’il connaît le mieux : l’Amérique. A revoir toutes affaires cessantes, pour mesurer ce que doivent les scénaristes TV américains à Altman.

Un mariage (1978) :
son humour féroce s’y déploie avec l’acuité d’un peintre ! Portrait d’une Amérique composée de parvenus racistes et cupides, le film fait songer à de nombreux films italiens. Voire dans ses moments les plus réussis à La Règle du jeu de Renoir Et rassemble plusieurs générations d’acteurs – Lilian Gish, Géraldine Chaplin, Mia Farrow, Vittorio Gassman – qu’Altman se délecte à déboulonner de leur piedestal.

Quintet (1979) :
Totalement invisible depuis sa sortie. D’après mes souvenirs, une tentative de fable philosophique SF, tournée dans un Montréal enneigé, envahie par des hordes de chiens errants, avec un casting haut de gamme, qui tente de rassembler aussi bien Hollywood – Paul Newman – que la fine fleur du cinéma d’auteur européen : Vittorio Gassman, Fernando Rey, Bibi Andersson, Brigitte Fossey. Mérite d’être redécouvert.

Secret Honor (1982) :
Philip Baker Hall dans le rôle de Nixon, en plein délire paranoïaque, seul dans son bureau de la Maison Blanche. Performance d’acteur et de réalisateur, Secret honor est une méditation fictive sur la personnalité de Richard Nixon, présenté en persionnage quasi-shakespearien, la démeure en moins, la médiocrité en plus.

Streamers (1983) : huis-clos tiré d’une pièce de David Rabe, Streamers peut être vu comme le miroir inversé de MASH, réalisé 13 ans plus tôt, réalisé dans une optique pamphlétaire et sous inspiration Tennessee Williams. Prix d’interprétation général pour les comédiens à Venise en 1983.

Fool for love (1985) :
tout en s’inscrivant dans sa veine théâtrale, Fool for love marque le retour d’Altman à ses sujets de prédilection : la peinture d’une Amérique – celle des motels et des déserts californiens ; l’auscultation des relations familiales ; la musique, le tout sur une intrigue signée Sam Shepard. Du lourd, du très lourd, magnifié par la photographie de Pierre Mignot et la beauté moite de Kim Basinger

The Player (1993) :
Bien que satire du monde hollywoodien, c’est avec ce film qu’Altman sort du placard, près de 15 ans après l’échec public de Popeye, avec Robin Williams. Traveling anthologique d’ouverture d’une durée de 8mn. Prix de la mise en scène à Cannes mérité !

Short Cuts (1994) :
Sans doute son plus grand film. A partir d’une série de nouvelles de Raymond Carver, Altman brosse le portrait d’Américains moyens qui sous des dehors d’apparente normalité se révèlent névrosés, obsessionnels. Et touchants. Film choral foisonnant, dans lequel on retrouve le gratin d’Hollywood : Julianne Moore, Matthew Modine, Jack Lemmon, Tim Robbins, etc… Sarcastique, mais également compassionnel.

Cette rétrospective sera l’occasion de redécouvrir des films peu diffusés, mais absolument magistraux – Images, Buffalo Bill et les Indiens, Les Flambeurs – voire restés inédits en France – Health, OC and Stiggs. Et de réviser nos jugements sur certains d’entre eux, injustement méprisés, tels Popeye ou Prêt-à-porter.

Travis Bickle

Aucun commentaire: