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dimanche 5 novembre 2023

BD - Batman : un braquage qui dérape et un polar hard-boiled

Batman Killing Time Gotham City Année Un BD comics CINEBLOGYWOOD

Scénariste prolifique de comics, Tom King adore revisiter les mythes et aborder différents genres. Avec ses compères David Marquez et Phil Hester, il livre deux récits complets prenants : dans Batman Killing Time, le Chevalier noir est confronté à un braquage qui tourne évidemment mal ; Gotham City Année un est un polar sombre et dur qui révèle un drame vécu par les grands-parents de Bruce Wayne.


Batman Killing Time

La banque centrale de Gotham City est braquée mais pas entièrement dévalisée. Catwoman, le Riddler et le Pingouin sont à l'origine du coup. Dans leur viseur, un objet d'une valeur tellement inestimable que l'alliance maléfique vole en éclats. Batman tente de mettre la main sur les criminels mais un implacable tueur se met en travers de sa route.

A l'instar de Christopher Nolan, Tom King aime étirer ses récits sur différentes échelles de temps. Ici, il pousse un peu trop loin le concept : chaque page renvoie à une heure, une semaine, voire un siècle différents ! De quoi déboussoler le lecteur. Toutefois, on parvient à garder le fil général de l'histoire : comment le casse est monté, l'alliance nouée puis brisée, la traque - ou plutôt les traques montées... Avec en toile de fond un drame antique, dont on découvre le lien avec le casse du siècle. Un découpage sophistiqué qui a le mérite de rythmer l'album et de nous scotcher. D'autant que l'action explose de planche en planche. Bastons graphiques, course-poursuite effrénée, associations contre nature... jusqu'à une bataille rangée finale, avec des centaines de combattants. Dans un style à la fois réaliste et élégant, David Marquez met en scène ce page turner (découvrez un extrait) avec une belle énergie. 

Gotham City Année Un

Si Batman Killing Time peut être considéré comme un hommage aux livres et films de braquage, Gotham City Année Un s'inscrit définitivement dans le genre du polar, et plus précisément du hard-boiled. Ici, le détective privé qui va s'en prendre plein la gueule s'appelle Slam Bradley. Un jour, une jeune femme entre dans son bureau avec 100 dollars et une enveloppe. Le privé touchera le fric s'il accepte d'aller remettre l'enveloppe à la famille Wayne. Slam accepte en sentant le sale coup. On peut dire qu'il a du nez... qu'il se fera d'ailleurs casser. A peine le message lu par les millionnaires, le voici tabassé par leurs hommes de main. Faut dire que l'enveloppe contenait une demande rançon en échange du bébé des Wayne, récemment kidnappé. 

Tom King sort du placard un détective un peu oublié de l'univers DC Comics et lui fait vivre une descente aux enfers sur fond de très sale affaire (découvrez les premières planches). Les grands-parents Wayne n'ont rien de recommandable, les policiers sont des brutes racistes et Gotham City, qui est un personnage à part entière du récit, une ville prospère mais qui va bientôt basculer dans la violence, devenant l'antre du crime que l'on connaît bien. 

Tous les codes du polar sont respectés. Tom King en profite même pour brosser un tableau cru sur l'envers de l'American Dream, entre l'avidité et le cynisme des patrons d'industrie, le racisme institutionnalisé et la ségrégation qui fait des Afro-américains des citoyens de seconde zone. Et le récit participe à redéfinir la saga Wayne/Batman. Nouvel éclairage sur les origines du justicier, et au passage de Catwoman. Le dessin anguleux de Phil Hester, son utilisation tranchée des zones d'ombre et de lumière - qui rappellent les styles de Mike Mignola et Frank Miller - sont parfaitement adaptés au récit. Et les planches sont magnifiquement mises en couleurs par Jordie Bellaire. 

Deux bons albums qu'Urban Comics complète de bonus (cahier graphique, galerie de couvertures, préface et postface éclairantes).

Anderton


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