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mercredi 1 novembre 2023

BD - Monica : le grand retour de Daniel Clowes

Monica Daniel Clowes BD comics CINEBLOGYWOOD

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu une BD de Daniel Clowes, et longtemps qu'il n'en avait pas publiée. L'artiste américain revient en librairie avec Monica, publié chez Delcourt. Un récit inquiétant et dérangeant sur une jeune femme en quête de ses origines.


C'est la fin des années 1960. Ou le début des années 1970. Penny est censée épouser Johnny, parti se battre au Vietnam. Mais la jeune femme préfère à son fiancé un peu trop banal un beatnik cynique. Sa vie bascule. Elle enchaîne les liaisons instables et destructrices. De l'une d'elles naît Monica que Penny trimballe dans des appartements miteux avant de l'abandonner à ses parents et de disparaître. Devenue adulte, Monica n'a qu'une obsession : retrouver sa mère et découvrir qui est son père.

"Il suffit de se laisser porter par la lecture sans essayer d'en attendre quoi que ce soit", déclare Daniel Clowes dans le dossier de presse de l'album. Et dès les premières pages (à découvrir ici), on est happé par le récit qui met en scène des personnages désorientés ou troublants. Une brochette de paumés dépassés par les événements et qui semblent condamnés à faire de mauvais choix. L'irresponsabilité de Penny, sa fragilité, son inconscience nous touchent autant qu'elles nous révoltent. Car ses actes bouleversent la vie de la petite Monica. C'est elle qui raconte cette histoire. Son ton neutre tranche avec l'horreur des situations. Sa solitude est poignante.  

Au coeur du trauma

Clowes a le don de savoir décrire la vie qui passe, avec les petits malaises et les grands traumatismes qu'elle peut susciter. Et, au fil des ans, Monica s'en prend un paquet sur le dos. Le bonheur est toujours fugace. Il y a comme une ombre maléfique qui lui colle aux basques. Le récit bascule parfois dans le fantastique, frôlant l'épouvante. Il est notamment question d'un fantôme bienveillant, d'une secte flippante, d'adeptes du complot. L'auteur nous surprend à chaque page tout en instaurant une atmosphère malsaine, dérangeante. A l'image de son dessin. Ses personnages sont rarement en mouvement. Leurs postures statiques, leurs expressions figées et grimaçantes suscitent le malaise. Je ne peux m'empêcher de penser à Stanley Kubrick ou David Lynch.

Parallèlement à la sortie de cet album, les éditions Delcourt, qui ont acquis une partie de l'oeuvre de Clowes, ont publié quatre rééditions. Autant d'opportunités de (re)plonger dans l'univers unique d'un maître du 9e art.

Anderton


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