26 octobre 2011

Les Marches du Pouvoir vs L’Exercice de l’Etat


En salles : A quelques mois de l’élection présidentielle, sortent deux films consacrés à la politique : l’un, américain, a pour cadre la campagne des primaires au sein du Parti démocrate – Les Marches du Pouvoir, de George Clooney ; l’autre, le pouvoir au quotidien, du point de vue d’un ministre des Transports, dans la France d’aujourd’hui, L’Exercice de l’Etat, de Pierre Schoeller. Deux visions, pour deux films parfaitement dissemblables, et pourtant pas si éloignés. A vous de voter !

Casting trois étoiles

Pour porter leurs intrigues, casting trois étoiles des 2 côtés de l’Atlantique. Tendance glamour, pour le Clooney : outre George Clooney, à la voix charmeuse et envoûtante, le beau gosse du moment, Ryan Gosling, dans un rôle initialement dévolu à Leonardo DiCaprio, reconverti en coproducteur du film. Les filles, ce film, c’est pour vous !! A leurs côtés, deux excellents second rôles du ciné US : Philip Seymour Hoffman, toujours aussi rustre et débonnaire ; Paul Giamati, en incomparable renard de campagnes…électorales. Malgré le rôle crucial de Evan Rachel Wood en stagiaire égarée dans ce monde de loups, et l’apparition de la femme du sénateur, nous sommes résolument dans un monde masculin. Ainsi de la journaliste incarnée par Marisa Tomei, qui peine à exister dans ce monde macho.

Côté France, casting 3 étoiles, mais du sérieux, du lourd, du respect, et peu de glamour : Olivier Gourmet, dans le rôle titre du ministre des Transports, Michel Blanc, dans celui de son directeur de cabinet, et Zabou Breitman dans celui de sa conseillère en communication. A leurs côtés, on retrouve également deux grands théâtreux Laurent Stoker et Didier Bezace, encore peu connus du grand public. Ce qui confère à leur prestation une réelle authenticité proche du documentaire. Un signe ? Là, pas de DiCaprio à la production, mais les frères Dardenne. Ca pose un film !


Coups de théâtre vs approche documentaire

Le matériau initial du Clooney provient d’une pièce de Beau Willion, qui a participé à l'écriture du scénario. D’où le côté parfois artificiel des rebondissements et des coups de théâtre. En revanche, côté dialogues, c’est un régal ! On reconnaît là le goût de George Clooney pour le cinéma US des années 40, de ses joutes verbales et son sens du rythme, comme il l’avait déjà précédemment montré dans Good Night, Good Luck et Jeux de Dupes.

Des 3 films français montrés à Cannes et ayant pour sujet le pouvoir – La Conquête de Xavier Durringer, Pater d’Alain Cavalier – L’Exercice de l’Etat est celui qui est le plus honnête par rapport à son sujet. Vous saurez tout sur les arcanes du pouvoir, ses intrigues, ses complots fomentés dans l’or des palais ministériels, les ambitions meutries, les tractations à fleurets mouchetés entre ministres et conseillers. Mais aussi les coups de blues, le burn out, la cigarette réconfortante, les visiteurs du soir, le rôle essentiel joué par les directeurs de cabinets. A peu de chose près, Raymond Depardon aurait porté le même regard d’entomologiste sur ce milieu-là. C’est dire la véracité qui en émane. C’est dire la qualité de l’équipe de conseillers dont s’est entouré le réalisateur Pierre Schoeller pour parvenir à une telle vérité.


Ascension d’une ambition vs mélancolie de l’impuissance publique

Si le film de Clooney porte un regard à la fois critique et bienveillant sur la démocratie, il s’inscrit avant tout dans un genre bien précis : l’ascension d’un ambitieux. D’où une mise en scène très classique qui laisse la part belle aux acteurs, aux dialogues et à des rebondissements et coups de théâtre parfois un peu téléphonés.

Rien de tel dans le film français. Au-delà de son aspect documentaire sur le pouvoir, L’Exercice de l’Etat est un film profondément mélancolique sur l’impuissance publique, sur la difficulté politique à apporter bien-être et bonheur aux citoyens, mais aussi à ceux qui l’exercent, dévorés par un Etat Moloch. Et constitue en cela un véritable film politique, au sens noble du terme.

D’où le portrait d’un homme torturé, angoissé, quasiment malade – on ne compte pas les scènes où il boit, fume, mange, vomit, ou baise pour oublier. D’où une première scène anthologique, digne d’un tableau de Dali : des hommes en noir déroulent un tapis rouge et installent du mobilier d’époque ; une femme nue, s’avance vers le coin d’une pièce où gît un énorme alligator et s’engouffre entre ses mâchoires. Sexe, pouvoir, castration, anonymat, toutes les névroses de l’homme de pouvoir du XXIe siècle y sont condensés en quelques minutes happantes et intrigantes. De même, le parcours d’une autoroute déserte donne lieu à une scène magistralement orchestrée, qui métaphorise à elle seule impuissance, solitude, vanité, mal-être et renaissance des hommes de pouvoir.

Au final :
- Les Marches du Pouvoir, pour un samedi soir, avec potes et girlfriends, pour se divertir intelligemment
- L’Exercice de l’Etat, pour tous les autres jours de la semaine, seul ou accompagné, de préférence avec vos amis journalistes, politiques et cinéphiles, pour ouvrir le débat !

Anderton

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