lundi 1 octobre 2012

Le Bossu - Les Mariés de l'An Deux : Gaumont redore ses blasons


En Blu-ray : Le film de cape et d'épée, c'est notre western à nous. Gaumont propose dans deux superbes Blu-ray des versions restaurées de ce genre qui fit aussi les riches heures du cinéma français.


Le Bossu

Classique parmi les classiques, Le Bossu (1959) est passé et repassé à la télé. Pour mon plus grand bonheur. J'aimais voir Lagardère affronter seul un groupe de spadassins, bondissant de toit en escalier pour finir sur son fidèle destrier, avec à ses côtés le serviable Passepoil. Lagardère prêt à tout pour protéger la jeune Aurore et laver son honneur. Lagardère achevant ses ennemis de la botte de Nevers. Lagardère se grimant en bossu pour tromper son monde. Lagardère lançant le désormais célèbre : "Si tu ne viens pas à Lagardère, Lagardère ira à toi".

La sortie du film en Blu-ray m'a permis de me replonger avec délice dans ce bon film d'aventures "qualité française". Le genre de films que la Nouvelle Vague détestait et qui n'a pourtant pas pris une ride. Au contraire, toiletté par la firme à la marguerite, Le Bossu retrouve des couleurs éclatantes. Jean Marais est beau, élégant, vif. Il forme un attachant duo avec Bourvil qui, en un regard, une parole, nous tire rires et sourires. Face à eux, une autre belle paire, de vilains cette fois-ci : François Chaumette et Jean Le Poulain. Et comme toujours, on se délecte des seconds rôles (Paulette Dubost, la championne des soubrettes et femmes de chambre au cinéma) et troisièmes couteaux (Guy Delorme, Jean Rougerie...).

Les bonus sont riches d'enseignement. On en apprend davantage sur le réalisateur, André Hunebelle, qui signa la série des Fantômas, Le Capitan et plusieurs OSS 117. Un drôle de type, amateur de jeunes femmes et artisan de la comédie française. L'un de ses assistants de l'époque lève le voile, dans un entretien, sur les coulisses du tournage. Bref, que du bonheur.


Les Mariés de l'An Deux 

De ce film de 1971, je gardais deux souvenirs. Une scène : Jean-Paul Belmondo et Marlène Jobert se disputant, la taille au-dessus du vide, chacun dans un carosse filant à toute allure. Une chanson : "Gloire à la république", que je pensais être un air révolutionnaire. Quel régal de revoir dans une belle version restaurée ce petit bijou d'aventure et d'humour. L'histoire de deux enfants, Nicolas et Charlotte, à qui une bohémienne prédit un destin fabuleux : l'un fera fortune dans un nouveau monde, l'autre épousera un prince. Sous l'Ancien régime, Nicolas et Charlotte se sont mariés puis séparés : Nicolas a fui en Amérique car il a tué un noble un peu trop insistant avec sa femme. Il a refait sa vie aux Etats-Unis mais pour pouvoir se marier avec la fille d'un riche entrepreneur américain, il doit revenir en France pour divorcer. Or, le pays, devenu une République, vit des temps troublés.

Le tournage du film, en Roumanie, fut un cauchemar, apprend-on dans les bonus. Pour sa deuxième réalisation, Jean-Paul Rappeneau dût faire face à deux stars qui ne se supportaient pas, un timing serré, un producteur (Alain Poiré) sans merci, des techniciens roumains peu qualifiés... Et pourtant, rien de ce drame ne transparaît à l'écran. Rappeneau parvient à proposer un divertissement rythmé, enjoué, parfois grinçant. Mise en scène et dialogues (signés Daniel Boulanger, le compère de Philippe de Broca) sont ciselés et contribuent à donner le tempo au récit. Costumes, photo (de Claude Renoir), décors (imaginés par Trauner) et la sublime partition de Michel Legrand (sur laquelle revient un bonus passionnant) donnent au film un souffle, une ambition qui le placent au-delà d'une simple comédie à la française.

Certes, il n'y a pas d'étincelle entre les deux têtes d'affiche mais ils font bonne figure. Et Bébel ne fait pas que sauter partout. Ce n'est pas le seul comédien à bénéficier de la direction d'acteur de Rappeneau : Sami Frey, Michel Auclair, Charles Denner, Julien Guiomar, Laura Antonelli, Pierre Brasseur, Patrick Préjean, Georges Beller, ils sont tous bons. On retrouve avec plaisir Mario David, Maurice Barrier, Marc Dudicourt, Sim... Et, lors d'une courte apparition, le jeune Patrick Dewaere, qui bouffe déjà l'écran. Un documentaire nous apprend d'ailleurs que Warren Beatty et Julie Christie ont un temps été intéressés par le projet !

Dans Le Bossu, l'histoire était racontée par une voix off, celle de Bernard Dhéran ; dans Les Mariés de l'An Deux, c'est celle de Jean-Pierre Marielle. 1959-1971, deux époques, deux approches mais le même goût pour un genre populaire qui sut plaire aux critiques. Gloire à la marguerite !

Anderton 

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