Dossier

mardi 26 novembre 2013

Les Garçons et Guillaume, à table ! : drôle de genre


En salles : Guillaume Gallienne réalise enfin le spectacle à succès qu’il avait écrit, mis en scène et joué de 2008 à 2010. Ouvertement autobiographique, Les Garçons et Guillaume à table ! (découvrez notre dossier : l'ovation à Cannes, le trailer...), à table ! est, si j’ose dire, un film gai, sur les questions, les introspections liés au genre. Aussi drôle que sa mère est vulgaire, le célèbre acteur de la Comédie Française nous emmène avec complaisance dans un univers bien rodé.
 


Masculin-Féminin

Plus royaliste que le roi, Guillaume est plus efféminé que les femmes elles-mêmes, au milieu d’une famille de grands bourgeois pour laquelle son apparente homosexualité n’est pas un secret. Guillaume, c’est un combat de tous les jours, oscillant entre ses deux idoles, sa mère et Sissi l’impératrice, pour se rendre finalement compte qu’il n’est pas une femme… mais un homme. "Ce qui veut dire que je… je … Je vais devoir faire mon service militaire ?!?" 

Tout le film est savamment composé sur ce ton décalé et souvent imprévisible, entre scènes hilarantes et brusque émotion… à l’image du personnage de la mère qui sert de guide, d’amie et de facteur déclencheur dans la quête de Guillaume sur son genre et son orientation.

Guillaume ? Sa mère, oui !

Tout le film est effectivement composé par rapport à ce personnage presque solaire, autour duquel gravite tout un monde de questions et d’incertitude. Transposant avec humour leur relation fusionnelle, le comédien la place au sommet, toujours…sauf quand il l’interprète, maquillé à la truelle. Un astre donc, ou presque, interprété par Gallienne travesti en plus de son propre rôle, ce qui donne lieu à des scènes amusantes de dédoublement presque schizophrénique (même voix, même gestuelle). Ce double jeu dynamise le film, entre manifestations d’affection permanentes et imitations cruelles, et permet à Gallienne d’adopter un ton ironique dont il se départi rarement. 

Omniprésente, sa mère intervient à l’improviste dans plusieurs scènes de la vie de son fils – comme une reprise comique de la mère fantôme de Billy Elliot, dans le film éponyme -, mais le rembarre aussi souvent qu’elle fume (c’est-à-dire, tout le temps). Vulgaire à souhait mais élégante, elle est aussi contradictoire que la manière dont il la présente, et leur relation (trop) fusionnelle en dit long sur le personnage de Guillaume.

Une comédie "queer", enfin !

Malaise, interrogations, remises en question… tout pour renflouer les psys de Neuilly ! Tout en occupant constamment les divans, Gallienne s’en tire grâce à des pirouettes, qui allègent les thèmes anxiogènes et composent peu à peu une vraie comédie, loin des drames "queer", auxquels Xavier Dolan nous avait habitué (Laurence Anyways, J’ai tué ma mère). Tout d’abord, la structure dynamique du film participe de beaucoup à sa réussite : grâce à un montage parallèle bien mené, Gallienne entraîne le spectateur dans un va-et-vient permanent entre la scène de théâtre sur laquelle il joue son spectacle et les séquences de sa vie dont il est question, rythmées par une voix off.

L’atmosphère se veut pop et décalée, et il y réussit avec brio : des couleurs criardes, une mise en scène très théâtrale qui doit beaucoup au jeu d’acteur. Gallienne excelle effectivement dans l’art de l’imitation dont il nous délecte constamment, mais aussi dans celui du comique de situation et de geste (une scène presque culte de danse espagnole, dans laquelle il n’apprend que les pas dédiés aux femmes). 

Au casting cependant, on ne compte guère que Guillaume Gallienne. Les nombreux rôles secondaires, souvent réussis (Diane Kruger en infirmière sadique et Brigitte Catillon en tata désabusée), ne participent finalement qu’à la mise en scène du personnage principal. S’il accepte de partager l’écran avec d’autres personnages, c’est pour mieux enrichir son répertoire d’imitations. Malgré tout, ce cocktail amusant aboutit à un humour décalé et à des scènes trop irrésistibles… pour être émouvantes.

Et sa mère… encore

Effectivement, comment passer du rire aux larmes, quand Gallienne nous toise d’un regard méprisant, travesti en Sissi l’impératrice à l’aide d’une couette et d’une ceinture en cuir ? Si le film réussit son pari comique, il peine à émouvoir… comme sa mère. Comme sa mère, le film est hilarant, enchaînant avec élégance des dialogues ou des situations d’un vulgaire assumé. Mais comme sa mère, s’il sait être vrai, il est bien trop pudique pour être véritablement émouvant, et les séquences qui s’essayent à quelques larmes font davantage penser à une gelée de sucre glace qui fond paresseusement au soleil.

Composé avec précision, le film est une mise en scène permanente qui ne laisse aucune place à la spontanéité, ou à l’émotion. C’est bien dommage qu’on puisse en sortant, écrire un article sur sa mère, et non sur Gallienne lui-même, peut-être trop réservé, mais suffisamment bon pour tenir tout le film sur la longueur. Un très bon moment en salle, d’où l’on ressort avec la certitude qu’en plus d’être drôle, Gallienne est talentueux. Mais ça, on le savait déjà.

Anouk
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