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mardi 5 novembre 2013

En Solitaire : François Cluzet Force 9


En salles : Le Vendée Globe, course mythique autour du globe. Un marin, seul sur son bateau, face aux éléments. Une odyssée hautement cinématographique qui constitue le point de départ d'En solitaire. A la barre, l'immense François Cluzet. Et au final, un bon film qui fait gonfler les poitrines et mouiller les yeux.


Le Vendée Globe, Yann Kermadec en rêvait. L'accident de son pote, le navigateur Franck Drevil, peu de temps avant le départ, lui permet de prendre part à la course, comme skipper remplaçant. Le bonheur absolu même si à terre, la petite fille de Yann supporte mal la nouvelle compagne de son père, Marie, la soeur de Franck. Mais, après quelques jours de course, Yann est obligé de faire une escale pour une réparation express. Alors qu'il reprend la mer, il découvre qu'il n'est plus seul sur le bateau.

Cluzet, la générosité à l'état pur

En Solitaire prend aux tripes. Parce que la mer et le vent. Pas besoin d'aimer la voile pour être emporté par les magnifiques images de Christophe Offenstein, qui signe là sa première réalisation. La voile qui se gonfle, les vagues qui s'abattent sur le bateau, les couchers de soleil sur l'immensité océanique... et le marin qui bataille, quasiment sans répit. C'est fort. Et puis il y a l'irruption de l'imprévu : le passager clandestin, dont la seule présence suffit à disqualifier Yann et à briser le rêve de toute une vie. Celui aussi qui vient rappeler le drame de milliers de migrants prêts à tout pour rejoindre l'Europe. Voilà notre marin face à un dilemme : poursuivre la course ou tout abandonner. Tempête sous un crâne. Et quel crâne ! 

Sans jamais s'échouer sur l'écueil des bons sentiments, François Cluzet campe un skipper bouleversé et bouleversant. Avec conviction et humanité, l'acteur fait évoluer son personnage tout en finesse. Kermadec passe par toute une gamme d'émotions face à cet ado désemparé, incarné avec beaucoup de vérité par Samy Seghir. Une gamme d'émotions que Cluzet transmet au spectateur : ce marin sympa qui s'emporte et se rend compte de son égoïsme, c'est nous. On le comprend, il nous touche. Encore une sacrée performance de Cluzet, décidément l'un de nos plus grands acteurs.

A terre

Face à lui, Virginie Efira, dans le rôle de Marie, propose un jeu naturaliste, qui surprend un peu au départ mais qui s'inscrit complètement dans la démarche du film. Et puis, elle a la tâche difficile de nous ramener à terre pour des histoires terre à terre alors qu'on serait bien resté à voguer avec Cluzet. Mais ces petites pastilles de vie quotidienne, qui ne ralentissent pas le ryhtme du film, contribuent à forger le caractère de Kermadec et à le faire évoluer. Autre rôle ingrat : celui de Franck Drevil, tenu par Guillaume Canet. Un skipper blessé donc frustré et pas toujours sympa. Bravo à Canet, qui n'a pas cherché à en faire le bon copain compréhensif, ni à tomber dans la caricature du salaud intégral. A noter aussi, la présence de Karine Vanasse dans un petit rôle marquant.

Mise à part une musique qui n'est pas toujours dans le ton, sans pour autant gâcher l'ensemble, En Solitaire offre toutes les conditions pour passer un moment fort dans les salles obscures. Répondez donc à l'appel du grand large ! Et pour terminer, je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous le célèbre poème de Baudelaire : L'Homme et la mer. Son premier vers m'était revenu en tête. En le relisant, j'y ai trouvé en résumé tous les sentiments que m'a inspirés la prestation de François Cluzet, un homme libre.

L'Homme et la Mer

Homme libre, toujours tu chériras la mer !

La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes ;
O mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remords,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
O lutteurs éternels, ô frères implacables !


Anderton


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