mardi 8 mars 2016

The Walk : 5 raisons de prendre le fil


En DVD et Blu-ray : Quel défi narratif et technologique que The Walk ! Comment rendre compte de la traversée effectuée par le funambule français Philippe Petit entre les tours jumelles du World Trade Center un soir d’août 1974 ? Bien sûr, hors de question de reproduire cet exploit en réel, pour une double raison : n’est pas funambule qui veut, et on connaît le sort funeste advenu aux Twin Towers... Peut-être fallut-il justement à Robert Zemeckis attendre cette dizaine d’années pour que la technologie 3D fût à ce point irréprochable et qu’à 63 ans, tel un funambule, il se lançât un nouveau défi. Tenu haut la main – malgré quelques broutilles – pour le plus grand bonheur des spectateurs et des cinéphiles. Et qui réenchante l’expérience cinématographique. 5 bonnes raisons donc de prendre le fil.


Parce que Robert Zemeckis

Véritable conteur, apparu sous l’aile protectrice de Steven Spielberg à la fin des années 70, Robert Zemeckis a toujours su marier prouesses technologiques et talent de conteur – qu’on se souvienne de Forrest Gump, Qui veut la peau de Roger Rabbit, La Mort vous va si bien, Seul au monde pour s’en convaincre ! On pourrait même y ajouter sa trilogie Retour vers le futur, ou ses tentatives, moins accomplies à mon sens, en motion capture dans les années 2000. En retraçant l’exploit du funambule français Philippe Petit, incarné ici par Joseph Gordon-Levitt, il trouve un défi à la mesure de ses ambitions – défi qu’il avait entamé il y a plus d’une dizaine d’années, avant même la sortie du fabuleux documentaire de James Marsh consacré à Philippe Petit, Le Funambule (2008).

Pour la 3D époustouflante

Je ne reviendrai pas sur l’aspect technique de la 3D, absolument époustouflante : reflets des lumières, brises des vents d’altitude, jeu sur les profondeurs de champs, plongées et contre-plongées, elle contribue à la véracité de la reconstitution. Mais bien mieux : il y a quelques années, Zemeckis reprochait au numérique de parasiter l’imaginaire au profit de la toute-puissance du réel reconstitué. Or là, il le dépasse : par la beauté géométrique des plans, les lignes de fuite verticales et horizontales, le jeu sur les lumières et le son, Zemeckis transcende la technique pour lui donner ses lettres de noblesse. Au point de faire retentir du Beethoven en pleine traversée. On n’imagine d’ailleurs même pas ce film sans 3D, partie intégrante du projet, visuellement et émotionnellement. Et ce qui ne gâche rien, le rendu de la 3D via le BR s’avère exceptionnel – à une ou deux légères imperfections près, totalement mineures.

Pour sa célébration du cinéma de Méliès

Méliès le magicien plutôt que frères Lumière les naturalistes, Zemeckis célèbre les vertus du funambule, non comme un héros solitaire, suicidaire et mégalomane, comme beaucoup de films des années 70 en dépeignaient, mais comme un véritable artiste, créatif, juvénile et audacieux. A quoi s’ajoute un hommage du cinéaste, dans la première partie aux artistes de rue, aux métiers du cirque. D’accord, ce ne sont pas les scènes les plus réussies (jeu grossier de Ben Kingsley, reconstitution hasardeuse de Paris). Il n’empêche : mélangeant le N&B à la couleur, la romance au récit d’initiation, le comique au thriller, elles participent de la féérie à l’œuvre, comme une préparation à la récompense finale que constitue la traversée du funambule, recréée minutieusement, patiemment, au point de constituer le morceau de choix et de représenter 50% du film.
 
Féérie, donc, sans suspense, mais toujours haletante et captivante, qui fait fi des contraintes du réalisme au sens strict, pour se concentrer sur son unique but : reconstituer ce qui n’a eu lieu qu’une fois, retrouver la magie et l’énergie de ce moment-là. D’autant qu’elle est narrée rétrospectivement, par le héros, non pas installé dans sa chambre ou en voix off, mais du haut de la Statue de la Liberté ! Clin d’œil du cinéaste à la France. De par sa liberté formelle et narrative, l’inventivité des procédés, une manière pour Zemeckis de célébrer Méliès plutôt que les frères Lumière.

Pour l’hommage aux Twin Towers

Enfin, à l’instar de Steven Spielberg dans A.I. et Munich et Martin Scorsese dans Gangs of New York, Robert Zemeckis, tel les poètes de la Renaissance, livre là un magnifique tombeau aux Twin Towers. En racontant le récit de cette folle nuit magique d’août 1974, il raconte en creux celle d’une métropole et de son architecture, pour célébrer les victoires de la création et de la vie, au détriment de ceux qui répandent les pulsions mortifères de la guerre et de la destruction.

Pour lui redonner une seconde chance

Enfin, ne passez pas à côté de cette œuvre inclassable dans la production hollywoodienne dominée par les super héros, à la fois très personnelle et spectaculaire. Roi du BO dans les années 80 et 90, chouchou du public et de la critique d’alors, Zemeckis a connu pour la première fois de sa carrière un rejet cinglant de la part du public (10 millions de dollars tout juste au BO US, 130 000 entrées en France, une misère !). Totalement incompréhensible au regard des beautés plastiques et émotionnelles qu’il contient. En vous procurant ce DVD, B-R ou mieux le B-R 3D, c’est une manière pour vous de donner à Robert Zemeckis, Philippe Petit et aux Twin Towers une seconde chance. Et de graver définitivement dans vos mémoires les traces de ce double exploit, humain et artistique.
 
Travis Bickle
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