lundi 28 mars 2016

Batman v Superman : ce film que nous ne méritions pas


Critique du blockbuster de Warner et DC Comics garantie sans spoiler. 

En salles : De mémoire récente, il est difficile de trouver un film aussi attendu que ce Batman v Superman L'Aube de la Justice recevoir un accueil critique aussi désastreux. Avec une note métacritic de 44, le film de Zack Snyder se classe bien en dessous de la plupart des blockbusters récents, même parmi ceux considérés comme des ratages. 


Prenons le cas d’Avengers Age of Ultron, aujourd’hui largement critiqué, aussi bien par une partie des fans que par son réalisateur lui-même, le film s’en sort pourtant bien mieux avec une note méta de 66. De l’autre côté du spectre, un film qui a pourtant suscité un débat animé dans la communauté des fans comme le dernier Star Wars a pourtant reçu un accueil critique quasi dithyrambique avec une note méta de 86.

Alors ce Batman v Superman est-il un drame ? Est-il tellement plus mauvais que les moins bonnes productions Marvel ou les autres films du genre ? 

Imperfections

On dit souvent qu’on devrait attendre de voir un film avant d’en lire les critiques. C’est certainement vrai mais quand un film est aussi attendu, il est difficile de rester complètement hermétique. Autant dire qu’en me rendant dans mon cinéma ce matin je m’attendais au pire. J’ai passé une bonne partie du film à attendre... Non pas à attendre d’être diverti, la première séquence montrant les conséquences de la bataille finale de Man Of Steel à échelle humaine avait fait le boulot en moins de 10 minutes, mais à attendre que le terrible point noir sur le nez de l’œuvre de Snyder se dévoile. Cette attente-là fut longue... j’attends toujours.

Le film est-il parfait ? Évidemment que non. Certains de ses principaux défauts étaient prévisibles avant même la sortie du film. Cette volonté idiote et court-termiste de Warner de vouloir mettre la charrue avec les bœufs, en présentant un film crossover, mêlant des personnages de plusieurs univers, sans avoir pris le temps de les présenter individuellement, ne pouvait que compliquer la chose. Il suffisait pourtant de reproduire le modèle Marvel, qui a prouvé sa redoutable efficacité, pour que ce film prenne une puissance toute autre. Evidemment, voir un Superman connu, rencontrer un Batman et une Wonder Woman inconnus, ne déclenche pas l’émotion espérée et oblige les scénaristes à un surplus d’exposition au détriment d’une narration qui aurait gagné à être plus encadrée.

Cinéma post 2015

Eliminatoire ? Non, car le duo Goyer - Snyder et surtout la prestation de Ben Affleck et Gal Gadot parviennent presque à effacer les errances d’un studio trop pressé de compter ses millions. Finalement en relisant les critiques qui démontent le film, on sent bien que ce qui gêne le plus dans ce Batman v Superman (et probablement dans la filmographie de Snyder en général), c’est cette absence totale de second degré. Cette outrecuidance de se prendre parfaitement au sérieux. Le ton de ce film est lourd, triste, pesant. Peut-être plus encore que ne l’étaient les films de Nolan. Son Batman montrait un Bruce Wayne brisé dans un monde qui voulait encore y croire. 

Le monde de Snyder n’y croit même plus. Il a vu les dieux descendre du ciel et détruire ses villes comme des châteaux de cartes. Un monde sans repère qui voit en Superman une figure christique, seul capable d’apporter la paix dans un monde meurtri. Il est d’ailleurs surprenant de voir tant de critiques reprocher à Snyder de pousser les références bibliques trop loin. Lui qu’on avait accusé d’avoir trahi le personnage dans son précédent film en en faisant un assassin, revient pourtant ici à l’essence même du héros de Siegel et Shuster. Un surhomme venu du ciel, élevé par de pauvres gens, qui va consacrer sa vie à lutter contre l’oppression. Quelle métaphore pourrait-être plus christique que celle-ci ? 

Snyder raconte ce monde sombre où les héros sont gris et les populations en manque de repères. Un monde où l’on ne se permet plus les petites blagues de Tony Stark et les tapes dans la main...  où le sourire est proscrit. On a beaucoup parlé du cinéma post 11 septembre après 2001, le cinéma de Snyder est un cinéma post 2015, où la recherche du bonheur est utopique et la vie un chemin de croix.

Le courage de se prendre au sérieux

Peut-être que l’on reproche surtout à ce film de nous faire nous sentir plus mal en n’en sortant qu’en y rentrant. Mais si c’est le cas, c’est moins pour des raisons artistiques que pour des raisons idéologiques. Snyder croit en ses personnages mais il ne croit plus beaucoup au monde. C’est peut-être ce qui le rendait si bon sur Watchmen, n’en déplaise à ceux qui n’ont pas compris cette œuvre.

Batman v Superman est un film qui a le courage de se prendre au sérieux dans un Hollywood où l’autoparodie et l’humour semblent devenus inévitables. Qu’on lui préfère la vulgarité de Deadpool ou la légèreté des films de Marvel (qui n’est un défaut que si elle est exclusive) est compréhensible dans une ambiance présente aussi lourde. Mais la constance du second degré finira par lasser et entraînera inévitablement le genre à sa perte. Batman v Superman est peut-être bien le film dont le genre avait besoin, mais apparemment, ce n’était pas le film que nous méritions.

L'Oncle Owen


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