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mercredi 8 novembre 2017

Tunnel : un film catastrophe détonnant

En DVD et Blu-ray : Nombreux sont les réalisateurs sud-coréens capables de s'approprier les codes d'un genre cinématographique pour mieux les faire voler en éclats. Kim Seong-hun est de ceux là. Nouvelle illustration de son savoir-faire avec la sortie en vidéo de Tunnel, un film catastrophe détonnant.



Après nous avoir épaté avec Hard Day, un thriller dans lequel il prenait un malin plaisir à brouiller les pistes, Kim Seong-hun s'attaque au film catastrophe. A l'instar de son sujet, il creuse sa voie dans ce genre, balisant son avancée d'étapes attendues jusqu'au point où il dynamite le récit de l'intérieur pour en proposer une vision neuve.
 
Les étapes attendues, le spectateur les retrouve dès le début du film : un commercial dans sa voiture, qui rentre chez lui, avec sur la banquette arrière un gâteau d'anniversaire pour sa fille. Coup de fil à sa femme et à son enfant. Tout le monde a hâte de se retrouver pour fêter l'événement. Evidemment, le public sait que si retrouvailles il y a, elles seront tardives ! Entrée dans le Hado, un nouveau tunnel creusé dans une montagne. Un panneau vante la solidité de la construction. Là encore, on n'est pas dupe : on connaît le sujet du film ! Mais Kim Seong-hun sait que l'on attend quand même ce prologue anodin, qui permet de présenter un personnage dont on va prendre un plaisir sadique à voir la vie pépère basculer dans l'horreur. Bref, il nous en donne pour notre argent mais sans tirer de trop grosses ficelles, comme dans certaines productions américaines. Et surtout, cinéma coréen oblige, il ne va pas consacrer plus de dix minutes à nous faire entrer dans le vif du sujet.
 
A peine entré dans le tunnel, la voiture du père de famille se retrouve ensevelie sous d'énormes blocs de roches et de béton armé. Quand le héros reprend ses esprits, il se rend compte qu'il est prisonnier dans un espace exigu aux parois très instables. A bord, il peut compter sur deux petites bouteilles d'eau, un énorme gâteau et un téléphone qui parvient à capter le réseau. Les secours sont avertis, de même que Madame. Une gigantesque logistique se met en place, sous l'objectif des médias.
 

 
Le cinéaste sait distiller de la tension aux moments adéquats et faire grimper l'adrénaline lors de séquences spectaculaires. Pour autant, on est loin de l'orgie d'effets spéciaux auquel nous a habitués Hollywood. Kim Seong-hun ne perd jamais de vue son récit, et encore moins ses personnages : le prisonnier, sa femme, le sauveteur en chef. Les acteurs sont formidables : vu dans Mademoiselle, Terror Live et The Agent, Ha Jung-Woo incarne un brave type dont le sens moral ne faiblit jamais ; son épouse est interprétée par Doona Bae (Sense 8, Cloud Atlas), qui dégage à la fois une grande force de caractère et une sensibilité à fleur de peau ; et Dal-Suh Oh (Old Boy) joue le chef des secouristes, avec beaucoup de droiture et d'humilité. Ce ne sont pas des héros mais ils s'accrochent. Leur normalité les rend attachants. Certaines situations n'en deviennent que plus émouvantes. Et surtout, l'humour est omniprésent, évitant au film de tomber dans le pathos.
 
Là où certains réalisateurs s'en seraient donnés à coeur joie dans l'explosion porn ou les scènes larmoyantes, Kim Seong-hun fait preuve d'intelligence, en signant un film équilibré, traversé d'émotions. Et il se paie même le luxe de pointer du doigt les tares de la société coréenne (surmédiatisation, autorités auto-centrées, entreprises défaillantes), qui sont aussi celles du monde actuel.

 
Dans l'édition de Condor Distribution, le film est accompagné d'un making-of et des images de l'avant-première, à laquelle a participé Lana Wachowski, emballée par ce qu'elle a vu. Comme nous ! Entrez donc dans ce détonnant Tunnel.

Anderton

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