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samedi 20 octobre 2018

3 Amigos (3/3) : Iñárritu le défricheur

Artistes : Après Guillermo Del Toro et Alfonso Cuarón, place à Alejandro González Iñárritu ! OCS City diffuse ce dimanche le dernier des trois documentaires intitulés 3 Amigos, le surnom du trio de cinéastes mexicains aux Etats-Unis. Une fois de plus, Jean-Pierre Lavoignat, Christophe d'Yvoire et Cyril Bron signent un film fouillé et vivant. Le réalisateur de Birdman s'y livre avec sincérité, revenant sur son parcours, ses méthodes de travail et son ambition artistique.



Ce dernier opus présente, comme les précédents, ces trois artistes devenus frères et dont l'amitié nourrit leur oeuvre. "Dotés d'une fabuleuse puissance visuelle, multipliant les défis techniques et artistiques, ils aiment explorer des terres inconnues", souligne Lavoignat. La force de chaque opus est qu'il aborde ces puissants liens amicaux et artistiques sans se répéter. D'abord, les rencontres. Cuarón conseille à Del Toro de rencontrer Iñárritu pour le convaincre de réduire la durée de son premier film, alors en montage, Amours chiennes (2000). Tout sourire, Guillermo affirme qu'il l'aide à couper 20 minutes - pas plus de 7 minutes, admet Iñárritu sur le même ton. Une première anecdote qui en dit long sur l'humour, la fraternité et le respect qu'entretiennent los Tres Musqueteros - leur surnom au Mexique. Dès lors, ils échangeront sur tous leurs projets, tous leurs films, avec une franchise parfois brutale mais désintéressée, honnête. "Ce sont mes maîtres", affirme Alejandro, le benjamin de la bande mais aussi le plus primé.

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Il tourne en effet son premier film dix ans après ceux de ses compères. Il y a d'abord eu une jeunesse rebelle et romantique ("J'étais un petit con"), des voyages à travers le monde (Cuarón aussi prendra souvent la tangente au cours de sa carrière) puis une carrière d'animateur radio et enfin, de producteur de spots publicitaires. Une centaine de pub plus tard, blasé, Iñárritu décide de se lancer dans le cinéma. Il lui faut deux ans d'écriture pour venir à bout du scénario d'Amours chiennes. Il filme de manière intimiste, optant pour la caméra à la main, "au plus près des visages et des corps". A la photographie, Rodrigo Prieto, qui collaborera à ses trois films suivants. A l'écran, une révélation : Gael Garcia Bernal. Le résultat est perçu comme un choc.


Hollywood repère le prodige mexicain. Iñárritu conserve son équipe technique mais s'entoure de têtes d'affiche américaines pour 21 Grammes (2003) et Babel (2006). "Mes personnages sont confrontés à une perte", pointe le cinéaste, qui obtient une reconnaissance internationale. Pour son film suivant, Biutiful (2010), direction l'Espagne - à l'instar de Guillermo Del Toro pour L'Echine du diable (2001) et Le Labyrinthe de Pan (2006). Avec moins de réussite que son amigo amateur de monstres : le film déçoit la critique et le public, même si Javier Bardem remporte le prix d'interprétation masculine au Festival de Cannes.


Pour Birdman (2014), changement d'équipe technique et arrivée du directeur photo mexicain Emmanuel Lubezki, qui travaille déjà avec Alfonso Cuarón et poursuivra l'aventure avec Iñárritu sur The Revenant (2015). Le cinéaste justifie le (quasi) plan-séquence intégral de Birdman : "C'est un film sur la voix intérieure (...) le point de vue doit venir du même personnage". Pour The Revenant, le paysage est un personnage : "C'est la première fois que je filmais un arbre", avoue-t-il, expliquant avoir voulu transmettre les sensations des personnages qui "expérimentent un paysage en temps réel".




Enfin, le documentaire aborde Carne y Arena, l'expérience de réalité virtuelle qui plonge le spectateur au milieu des migrants traversant la frontière entre le Mexique et les Etats-Unis. Que ce soit en termes de plans, de durée ou de montage, "la grammaire du cinéma ne s'applique pas là", s'enthousiasme le cinéaste, qui a eu l'impression de faire un premier film.


Grâce au long entretien qui constitue l'ossature de 3 Amigos, Lavoignat et ses acolytes nous permettent de comprendre la manière de penser du cinéaste, sa façon d'aborder son art en résonance avec ses préoccupations personnelles et sa vision du monde. "Il y a moyen de mieux accéder à notre condition humaine et de mieux la connaître à travers le cinéma", affirme Iñárritu. Etre cinéaste, selon lui, "c'est un état d'esprit, un engagement total, une manière de vivre".


OSC City diffusera 3 Amigos - Alejandro González Iñárritu le dimanche 21 octobre à 13h15 puis Babel à 20h40. 21 Grammes sera diffusé le dimanche 28 octobre à 20h40 et Biutiful à 22h40.

Anderton 

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