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dimanche 27 mars 2022

House of Gucci : une saga glamour, décadente et bouffonne

House of Gucci Blu-ray CINEBLOGYWOOD


En Blu-ray et DVD : Comme Steven Spielberg et Martin Scorsese, Ridley Scott prouve que la jeunesse et l'audace n'ont rien à voir avec l'âge. A 84 ans, le cinéaste a enchaîné deux grands films, très différents l'un de l'autre, mais tout autant gonflés : Le Dernier Duel et House of Gucci. Derrière son casting six étoiles (Lady Gaga, Adam Driver, Jared Leto, Jeremy Irons, Al Pacino et Salma Hayek), cette saga familiale, disponible en vidéo chez Universal Pictures, mêle tragédie et bouffonnerie dans une approche ultra-stylisée.


Adapté du livre de Sara Gay Forden publié en 2000 et qui avait tapé dans l'oeil de Giannina Scott, la femme de Ridley et sa coproductrice, House of Gucci relate vingt années de passion et de déchirements au sein de la riche famille toscane, à l'origine d'une des plus grandes marques de mode. Rodolfo et Aldo, fils du fondateur, ne partagent pas la même conception du business. Le premier est mû par un grand sens artistique quand le second fourmille d'idées pour développer des franchises à travers le monde. Mais les fratelli s'entendent pour faire tourner la boutique. Aldo, désespéré par son fils fantasque Paolo, verrait bien son neveu Maurizio rejoindre ses bureaux newyorkais. Ce dernier se laisse convaincre, fortement poussé par son épouse Patrizia. Une "roturière" indigne de Maurizio, aux yeux de Rodolfo : leur mariage provoque la rupture entre les deux hommes. Paolo, lui, se sent également négligé par son père. Quant à Patrizia, elle imagine comment elle et son mari pourraient prendre la tête de la Maison Gucci.

Le fait que tous les acteurs parlent avec un fort accent italien surprend au départ mais on s'y fait vite. A mon humble avis, Scott n'a pas tant cherché à "faire italien" qu'à ancrer son film dans un univers de comédie "à l'italienne", où la bouffonnerie et le jeu parfois excessif n'empêchent pas une approche plus dramatique de l'existence. Jared Leto, grimé au point d'en être méconnaissable, a été raillé pour sa prestation - il a d'ailleurs été récompensé d'un Razzie Award. Oui, il en fait des tonnes mais j'ai trouvé que ça collait bien à l'esprit du film. Sir Ridley Scott se moque de cette "royauté" toscane née en fait dans un palace londonien où Guccio était maître d'hôtel. 

Tout en signant une somptueuse reconstitution des années 1970 et 1980, bien aidé par son fidèle trio de collaborateurs (Dariusz Wolski à la photo, Arthur Max aux décors et Janty Yates aux costumes) - "les meilleurs du métier", affirme Scott dans un bonus du Blu-ray - et une B.O. disco, le cinéaste dézingue un milieu superficiel et vénal, décadent et vulgaire, une famille boursoufflée d'orgueil et de rêve de grandeur mais qui passe son temps à se trahir et se détester. Lady Gaga se donne avec intensité à chacune de ses apparitions au point de rendre attachante son personnage manipulateur. Adam Driver surprend dans le rôle de Maurizio : le comédien campe un jeune homme candide qui va progressivement révéler sa dureté de condottiere. Jeremy Irons apporte classe et morgue à Rodolfo, Al Pacino fait d'Aldo un roublard qui finalement est le seul à être porté par un esprit de famille. Quant à Jay Leto, je l'ai dit, il part loin dans la caricature ; pour autant, il arrive à transmettre le désespoir du pathétique Paolo. Salma Hayek, Jack Huston et Camille Cottin sont à la hauteur de leurs prestigieux partenaires. 

House of Gucci est une pantalonnade brillamment réalisée et génialement interprétée. Cette édition vidéo est complétée par quelques bonus qui reviennent notamment sur la méthode Scott : quatre caméras qui filment la scène en même temps, laissant le temps aux comédiens de développer leur jeu, comme au théâtre. Vivement la suite, Sir Ridley !

Anderton


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