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mardi 6 février 2018

Money : un polar qui a du sel

En DVD et VoD : Si Le Havre a bénéficié d'une hype certaine en 2017 pour le 500e anniversaire de sa fondation, la ville portuaire n'offre pas un avenir radieux à tous ses habitants. Lassés de boulots mal payés, trois jeunes gens décident de braquer un notable. Evidemment, on ne s'improvise pas bandits. Avec Money, Gela Babluani revient aux affaires, après le très remarqué 13 Tzameti. Résultat : un polar prenant qui raconte une France qu'on ne veut pas voir.




Dès les premiers plans, le cinéaste plante le décor. A côté du port qui accueille d'immenses cargos déversant des centaines de conteneurs, survit une main-d'oeuvre qui enchaîne les petits boulots sur des friches industrielles. On compte son argent au supermarché puis on le claque au café en rêvant de faire la culbute au loto sportif. La mer a beau être proche (on ne la verra pour ainsi dire jamais), l'horizon est bouché. 

Pour autant, Babluani n'a pas la "caméra lourde", il ne s'attarde pas sur des situations qui auraient pu devenir glauques : pas de misérabilisme, juste un regard cru sur les laissés pour compte de l'économie mondiale. Pas de style documentaire, avec caméra brinquebalante. La photographie, signée Tariel Meliava, est d'ailleurs magnifique.

Le sel du polar

Pas de cinéma "social" donc mais une fiction portée par une histoire et des personnages. Quand Alexandra (Charlotte Van Bervesseles) aperçoit une mallette pleine de fric dans la voiture d'un bourgeois, c'est la fin d'une vie à nettoyer la merde des autres qu'elle entrevoit. Son frère Eric (Vincent Rottiers) et son ami Danis (George Babluani) ne sont pas longs à convaincre. Les voilà qu'ils s'introduisent dans la demeure du notable... qu'ils découvrent agonisant au bout d'une corde.

Dès lors, le récit enchaîne les rebondissements. Le spectateur n'a qu'une certitude : ce braquage ne peut que tourner mal. Pris dans un engrenage infernal, le trio va croiser sur sa route un politicien véreux, des voyous, un tueur implacable... J'ai retrouvé dans Money tout ce qui fait le sel d'un bon polar : une atmosphère poisseuse comme le brouillard chargé d'embruns qui s'abat sur la cité normande, des personnages cassés qui courent à leur perte, le tableau d'une société malade.



Les acteurs contribuent à donner de l'âme à cette histoire sombre. Vincent Rottiers est criant de vérité en jeune paumé. On pense à Patrick Dewaere avec une dureté en plus dans son regard bleu acier. Déjà à l'affiche de 13 Tzameti, George Babluani compose avec justesse un personnage qui a bon fond mais dont la violence peut éclater s'il est acculé. Face à eux, Louis-Do de Lencquesaing incarne un beau salaud, de ceux qui louvoient dans les palais de la République, sourire éclatant et mains sales. Il est hypnotisant. Avec un look de parfait beauf, Benoît Magimel campe pour sa part un homme de main presque bonhomme, mais sans états d'âme. Un bon père de famille prêt à flinguer à bout portant. Lui aussi fascine par sa force tranquille. Et on retrouve avec plaisir Féodor Atkine et Anouk Grinberg dans le rôle de parents broyés par le système et les événements.  

Pour toutes ces raisons, Money est un film noir hautement recommandable.

Anderton

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