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mercredi 7 septembre 2022

A Chiara : une ado en terre mafieuse

A Chiara DVD CINEBLOGYWOOD

En DVD : Lorsque la Calabre fait la Une des médias, c'est souvent en rapport avec la 'Ndrangheta, la mafia locale devenue plus puissante que son homologue sicilienne. Dans A Chiara, présenté à La Quinzaine des réalisateurs, au Festival de Cannes 2021, le jeune réalisateur Jonas Carpignano aborde le banditisme local à travers le regard d'une adolescente. Un petit bijou d'humanisme.


C'est une famille calabraise comme une autre, qui célèbre dans la joie, les rires et les danses, les 18 ans de sa fille aînée. C'est une famille calabraise qui cache aussi un secret. Chiara Guerrasio, la cadette, le découvre lorsqu'un soir, la voiture familiale explose dans la rue. Son père s'enfuit, les explications de sa mère ne la convainquent pas. Chiara ouvre les yeux et sa vie bascule.

Cela fait dix ans que Jonas Carpignano s'est installé à Gioia Tauro, une commune au nord de Reggio Calabria. Il y a tourné une trilogie, conclue après Mediterranea (consacrée à des migrants africains) et A Ciambra (qui fait le focus sur des roms) par A Chiara (lire son interview sur le site du CNC). Il fait appel à des habitants de ce village adossé à un immense port de conteneurs pour interpréter les personnages de ses films. C'est une fois de plus le cas dans ce troisième opus puisque la famille Guerrasio est interprétée par la famille Rotolo. En s'installant sur place, le jeune cinéaste a su tisser des liens solides, établir une relation de confiance et faire jaillir les talents artistiques de personnes qui n'avaient probablement jamais joué la comédie. Le résultat est formidable. Les interprètes, au premier rang desquels la jeune Swamy Rotolo, dégagent une sincérité qui les rend immédiatement crédibles. Sous la direction - qu'on imagine bienveillante - de Carpignano, qui leur permet de s'exprimer dans un mélange d'italien et de dialecte, ils expriment des émotions d'une grande justesse, avec un naturel qui nous emportent dans leur parcours.

Naturelle aussi est l'approche du cinéaste. Refusant tout effet de mise en scène appuyé, Carpignano colle au plus près des visages pour en saisir les émotions rentrées ou qui se déversent avec pudeur - aussi paradoxal que cela puisse paraître. Il capte des moments de partage, au sein du clan ou entre amies, qui disent tout des Calabrais mais aussi d'une ado comme on peut en croiser partout en Europe. Une ado qui adore ses parents mais veut aussi s'affranchir de la pression familiale. Naturaliste dans l'approche, A Chiara réserve quelques séquences qui dégagent une poésie inattendue. Et mine de rien, Carpignano nous permet comprendre comment une famille peut se livrer à des activités criminelles et comment la réponse de l'Etat italien peut s'avérer aussi brutale qu'injuste. La jeunesse de Chiara est broyée mais l'adolescente révèle une sacrée force de caractère, touchante, émouvante.

Blaq Out inclut dans cette édition DVD l'interview de Jonas Carpignano et Swamy Rotolo sur la scène d'un cinéma cannois, après la projection du film. Passionnant pour comprendre la méthode de ce cinéaste qui m'a donné envie de découvrir ses oeuvres précédentes. 

Anderton


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